Cruautés envers des veaux : "C'est un problème structurel qui touche l'ensemble des filières" dénonce l'association L214

L'avocate de l'association de défense des animaux et tête de liste du Parti animaliste aux élections européennes dénonce une maltraitance généralisée des animaux, tout au long des filières de production.

Hélène Thouy (à gauche), lors du procès pour des maltraitances envers les animaux dans l\'abattoir du Vigan, le 23 mars 2017.
Hélène Thouy (à gauche), lors du procès pour des maltraitances envers les animaux dans l'abattoir du Vigan, le 23 mars 2017. (SYLVAIN THOMAS / AFP)

"On est très loin du cas marginal, c'est un problème structurel qui touche l'ensemble des filières et l'ensemble des stades d'exploitation des animaux", a dénoncé lundi 13 mai sur franceinfo, Hélène Thouy, avocate de l’association L214, co-présidente du Parti animaliste, et tête de liste aux élections européennes, après une enquête menée en février et mars 2019 par les associations L214 et Eyes on Animals qui ont révélé les conditions de transport des veaux âgés de deux à trois semaines.

Des images filmées en caméra cachée montraient les cruautés commises envers ces animaux, avec de multiples coups de bâtons et coups de pieds donnés sur les têtes des veaux par des employés. Des veaux nés en Irlande et destinés aux Pays-Bas sont transportés pendant plus de 50 heures, sans pause pour boire ou se reposer, comme cela est normalement exigé après 20 heures de trajet.

Le Parti animaliste propose d'interdire le transport "des veaux qui ne sont pas sevrés, mais aussi", de "limiter le temps de transport des animaux à 8 heures de façon stricte", a ajouté Hélène Thouy, avocate de l’association L214 qui a porté plainte pour "actes de cruautés envers des animaux" contre le centre de transit animal Qualivia, auprès du tribunal de grande instance de Cherbourg.


franceinfo : Quelle est votre réaction après ces vidéos de L214 qui ont révélé ces maltraitantes commises envers des veaux lors de leur transport ?

Hélène Thouy : À chaque fois qu'une vidéo montre de telles images, on nous explique que c'est extrêmement marginal, que c'est un épiphénomène et que cela n'est pas la généralité. Malheureusement, on voit que vidéo après vidéo, c'est plutôt généralisé. Le rapport qui avait été commandé par Stéphane Le Foll [ex-ministre de l'Agriculture socialiste 16 mai 2012 au 10 mai 2017] à la suite des vidéos de L214 en 2016 sur plusieurs abattoirs, avait montré que 80% des abattoirs français n'étaient pas conformes. On est très loin du cas marginal, c'est un problème structurel qui touche l'ensemble des filières et l'ensemble des stades d'exploitation des animaux.

Que proposez-vous pour que l'on ne voie plus ce genre d'images et comment l'Europe peut aider à améliorer la situation ?

La plupart et l'immense majorité des mesures de protection des animaux en France proviennent de l'Union européenne. La France est toujours un frein à ces avancées. Ce n'est que sous la contrainte de l'Union européenne que l'on a pu avoir des règles de protection animale. Certes, des règles qui sont très largement insuffisantes mais qui sans l'Union européenne n'auraient pas été là. Le Parti animaliste a élaboré un programme en 148 mesures, notamment l'interdiction de transporter des veaux qui ne sont pas sevrés, mais aussi limiter le temps de transport des animaux à 8h de façon stricte.

Il faut interdire aussi le transport vers des pays tiers. Pour les abattoirs dans le cadre des mesures qu'on propose, il y a le fait d'obliger l'insensibilisation de tous les animaux avant la mise à mort. Il faut instaurer la vidéo-surveillance dans l'ensemble des abattoirs et mettre fin aux mutilations dans l'élevage, tels que les castrations à vif des porcelets, l'écornage. Il y a la question des poules pondeuses qui vivent dans l'immense majorité d'entre elles dans des cages qui sont équivalentes par poule à une feuille A4. Dans le cadre de la politique agricole commune, il y a des leviers pour améliorer le sort des animaux.

Vous aviez obtenu 1,1% des suffrages lors des élections législatives de 2017. Quel est votre objectif pour ce scrutin européen. Il vous sera difficile d'atteindre le seuil de 5% ?

Jour après jour on s'aperçoit qu'il y a un soutien de plus en plus croissant des citoyens. Donc on croit de plus en plus que l'on peut faire un beau score, qu'on peut obtenir des élus. De toute façon le résultat du Parti animaliste ne s'appréciera pas au fait d'obtenir des élus ou pas et donc 5%, mais aussi au regard de la place que la question animale aura occupé dans le débat des élections européennes.

Vous recommandez dans votre programme d'aller vers à une alimentation plus végétale, de consommer moins de viande, moins 40% d'ici à 2030, moins 70% d'ici à 2050. Des mesures qui ne font pas la joie des éleveurs…

C'est une solution qu'on leur propose parce qu'aujourd'hui, il n'y a pas ces objectifs de réduction et pourtant la situation des éleveurs est catastrophique. On voit bien que le système n'est pas viable ni économiquement, ni éthiquement, ni d'un point de vue environnemental. Si l'on se réfère à tous les rapports scientifiques en la matière sur le dérèglement climatique, on s'aperçoit qu'il faut absolument et impérativement arriver à une diminution de la consommation des produits d'origine animale.

Ce n'est même plus une question qui se pose, c'est une urgence qui est chaque jour un peu plus posée par l'ensemble des scientifiques. Dans la revue Nature d'octobre 2018, il était proposé une réduction de 90% de la consommation de viande dans les pays développés. On est donc pleinement dans les recommandations scientifiques.