Violences sexistes et sexuelles : la loi Schiappa n'est "pas suffisante", regrette l'association En avant toutes

Depuis un an, 713 contraventions pour "outrage sexiste" ont été dressées.

Manifestation contre les violences sexistes faites aux femmes, organisée a Paris le 24 Novembre 2018.
Manifestation contre les violences sexistes faites aux femmes, organisée a Paris le 24 Novembre 2018. (CHLOE SHARROCK / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Plus de 700 contraventions distribuées en un an : c'est le bilan de la loi Schiappa sur les violences sexistes et sexuelles, entrée en vigueur au début du mois d'août 2018. Cette loi pénalise les "propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste", lorsqu'ils sont "dégradants, humiliants, intimidants, hostiles ou offensants". Elle n'est pourtant "pas suffisante", a estimé mardi 6 août sur franceinfo Ynaée Benaben, fondatrice de l'association En avant toutes.

franceinfo : Est-ce qu'à vos yeux ces 713 contraventions distribuées depuis un an sont un progrès ?

Ynaée Benaben : Le fait qu'on visualise les outrages, c'est un moyen pour nous d'avancer. Pour autant, on voit bien que le harcèlement dans l'espace public reste une réalité, et que les symptômes des inégalités entre les femmes et les hommes restent très forts (...) C'est simplement un aperçu de la réalité du phénomène, qui est évidemment bien plus large que ces contraventions.

Cette loi Schiappa n'est qu'une avancée symbolique selon vous ? 

C'est une avancée symbolique, c'est sûr. C'est un outil parmi d'autres pour lutter contre les violences faites aux femmes. Après, ce n'est pas suffisant. Le harcèlement sexiste est une représentation des rapports de pouvoir qui existent aujourd'hui entre les femmes et les hommes. Pour pouvoir les modifier, pour pouvoir changer profondément les comportements sexistes, il faut aller plus loin que ça. L'éducation et la prévention à mes yeux et aux yeux de notre association sont essentielles pour qu'il y ait un changement global.

Qu'est-ce qu'il manque concrètement en matière de prévention contre le harcèlement de rue et contre les agressions sexistes et sexuelles ?

Aujourd'hui on a besoin de moyens conséquents pour pouvoir toucher tout le monde, y compris les plus jeunes générations. Nous intervenons dans les collèges, les lycées, à l'université, et il est nécessaire que ce soit déployé à très grande échelle sur l'ensemble du territoire, pour que tout le monde ait un espace de réflexion sur les comportements sexistes, sur les inégalités dans l'espace public et dans les sphères privées.

Les applications qui permettent de géolocaliser les agressions sont-elles utiles ?

C'est aussi un outil pour pouvoir réagir. Mais pour qu'on puisse agir sur les comportements problématiques et non pas uniquement sur la mise en sécurité des victimes, il est important qu'on puisse parler aux hommes, puisqu'ils sont la grande majorité des acteurs du harcèlement sexiste, pour qu'ils puissent réfléchir dès l'origine à leur comportement et enrayer le phénomène.