Violences faites aux femmes : que faire si une de vos proches en est victime ?

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En moyenne, chaque année, 295 000 personnes, dont 213 000 femmes, sont victimes de violences de la part d'un conjoint ou d'un ex-conjoint en France, selon l'Insee. (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

La meilleure aide reste celle des professionnels, mais les proches peuvent jouer un rôle déterminant pour aider la victime à parler et pour la protéger.

Les violences conjugales sont un phénomène massif. En moyenne, chaque année, 295 000 personnes, dont 213 000 femmes, sont victimes de violences de la part d'un conjoint ou d'un ex-conjoint en France, selon une enquête annuelle de l'Insee. Parmi vos proches, membres de votre famille, amies, collègues, figurent peut-être une ou des victimes, un ou des agresseurs.

Sensibiliser les témoins et les proches de victimes est un des axes des campagnes officielles destinées à faire reculer ces violences. Si vous assistez à des violences, que le danger constaté est immédiat, le conseil est simple : appelez le 17. Mais que faire si vous soupçonnez qu'une proche subit des violences conjugales sans le savoir avec certitude ? Comment l'aider si elle se confie à vous ? A l'occasion de la Journée pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, jeudi 25 novembre, franceinfo a recueilli les conseils de spécialistes.

Comment comprendre qu'une proche est victime de violences ?

Les marques de violences physiques sont la façon la plus claire de constater qu'une femme de votre entourage est victime de violences, mais elles ne sont pas toujours visibles. D'autant plus que les violences conjugales ne prennent pas seulement la forme de coups : les violences sexuelles ont aussi lieu dans le couple (47% des cas sont le fait d'un conjoint ou d'un ex-conjoint, selon une enquête de l'Ined), et les violences verbales, psychologiques ou économiques sont aussi des violences à part entière. Différentes situations peuvent vous alerter. 

Peut-être verrez-vous la victime changer, se renfermer, avoir des comportements qui ne lui ressemblent pas et témoignent d'un mal-être. Françoise Brié, directrice de la Fédération nationale Solidarité femmes, évoque un autre signal d'alerte : le fait qu'une personne semble soudainement "très surveillée""qu'elle reçoive 10 SMS pendant que vous êtes avec elle, qu'elle doive partir à une heure bien précise". Des signes possibles de l'emprise d'un conjoint violent.

S'il vous arrive de voir votre proche et son conjoint ensemble, le comportement de ce dernier peut vous alerter. "Dans la vie courante, à l'occasion d'un repas de famille par exemple, on peut observer du dénigrement, le fait qu'il donne des ordres, un comportement qui de l'extérieur met mal à l'aise", détaille Françoise Brié, dont le réseau d'asociations gère le numéro d'appel 3919. "Cela peut être un signe", mais il faut aussi avoir conscience que les auteurs de violences affichent souvent un autre visage en société. Si le couple a des enfants, leur attitude peut également être révélatrice, s'il apparaît "qu'ils ne vont pas très bien non plus, qu'ils sont très agités ou trop sages", et que cette observation est cumulée à d'autres.

Faut-il l'inviter à se confier, et comment ?

Aborder avec une potentielle victime la question des violences est un sujet délicat, mais nécessaire. Pour Marie-France Hirigoyen, psychiatre et notamment autrice de Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple (éd. Pocket, 2006), "quelqu'un qui est sous l'emprise d'un conjoint violent ne va jamais le dire comme ça". Elle caractérise l'emprise comme un état dans lequel "on n'arrive pas à reconnaître où est la violence".

Aborder le sujet avec la victime est donc important, mais il faut le faire avec prudence. Sur le moment et le lieu de la discussion, qui doivent permettre qu'elle se sente certaine de pouvoir parler sans risque. Mais aussi dans le choix des mots. Marie-France Hirigoyen estime que "prendre de front quelqu'un qui est victime de violences dans son couple", en utilisant d'emblée le mot "violences" pour lui en parler, "serait lui faire une autre violence", au risque de fermer la discussion. Moins catégorique, Françoise Brié la rejoint sur l'idée d'être "dans l'observation" pour juger s'il vaut mieux aborder le sujet de façon directe ou plus détournée.  

Toutes deux recommandent donc de privilégier des questions plus ouvertes, comme "J'ai l'impression que tu vis un moment difficile, est-ce que tout va bien ?", ou "Comment ça se passe avec ton conjoint ?". Si votre proche évacue les questions sur des marques de coups que vous auriez observées, prétexte un accident, "on peut répondre quelque chose comme : 'C'est étrange, c'est arrivé plusieurs fois non ?'" suggère Françoise Brié. Tout en étant prêt à recevoir la parole de celle-ci si, effectivement, elle est victime de violences : "Si la personne se met à pleurer, à avoir tout de suite besoin de se confier, là il faut être présent", prévient Françoise Brié. A ce moment, elle aura besoin d'entendre "qu'on est à ses côtés, que ce qu'on lui a fait est interdit et que la justice peut intervenir". C'est là qu'il deviendra utile de ne pas minimiser les faits et de poser le terme de "violences" sur ce qu'elle subit.

Que faire si on ne comprend pas sa réaction ?

Une victime de violences qui se confie à vous n'aura pas forcément la possibilité, ou le souhait, de porter plainte ou de quitter son conjoint. C'est ce qui est "le plus difficile pour quelqu'un qui voit ça de l'extérieur", explique Marie-France Hirigoyen : "Constater que plus une situation est douloureuse et grave, moins la personne a les moyens de partir."

Face à ce blocage, vous pourriez "avoir envie de bousculer la personne pour qu'elle se protège", mais "plus on la bouscule, plus on risque de rompre le lien", explique la psychiatre. "Il faut éviter de se comporter comme l'agresseur en donnant des injonctions, notamment sur le fait de partir, résume Françoise Brié. Ces femmes vont à leur rythme, et font face à la peur, à l'isolement et à des questions matérielles."

Marie-France Hirigoyen constate que les victimes de violences peuvent faire "des allers-retours" dans leur détermination à quitter le conjoint violent : "Ce que je vis est inacceptable, mais de temps en temps, il m'a promis qu'il n'allait pas recommencer, et il risque de perdre son emploi si je porte plainte, et que vont penser les enfants si leur père est placé en garde à vue ?" Face à ce type de réactions, elle conseille d'assurer la victime de son soutien quoi qu'elle décide. Et, plutôt que de remettre en cause ses choix, d'essayer d'inverser le regard : "Si je te racontais que mon mari m'injurie, me traite mal, que me dirais-tu ?"

Quelle aide concrète lui apporter ?

"Il faut connaître ses limites", prévient Françoise Brié. Son premier conseil, et celui de Marie-France Hirigoyen, est d'orienter la victime vers des professionnels. À commencer par le 3919, une ligne téléphonique qui permet de trouver une oreille attentive, qui pourra aider la victime dans ses démarches et la mettre en contact avec des associations locales. "Même si elles ne sont pas sûres d'être victimes de violences, elles peuvent téléphoner à n'importe quel moment de leur parcours", insiste Françoise Brié, directrice du réseau d'asociations qui gère ce service, Solidarité femmes. Gratuit et fonctionnant 24 heures sur 24, le 3919 garantit l'anonymat, et n'apparaît pas sur les factures de téléphone (il est néanmoins visible dans l'historique des appels d'un téléphone, d'où il faut donc le retirer si la victime craint des représailles).

Solidarité femmes liste aussi sur son site les associations locales qui peuvent être contactées directement. La police et la gendarmerie gèrent également un chat en ligne d'aide aux victimes sur la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr.

Françoise Brié et Marie-France Hirigoyen encouragent à déposer plainte. Mais n'ignorent pas que la démarche peut intimider, d'autant que nombre de femmes déplorent encore être mal reçues par la police ou la gendarmerie lorsqu'elles dénoncent des violences. "Si la personne hésite, elle peut être accompagnée par un membre d'une association, un avocat ou un proche", conseille Françoise Brié. Le Code pénal prévoit que la police est tenue de recevoir la plainte. Vous, ou un professionnel, pouvez aider la victime à préparer un dossier et à conserver des preuves à l'insu de son conjoint. Ces éléments peuvent aussi être conservés en ligne sur la plateforme Mémo de Vie (gérée par la fédération France Victimes), accessible aussi bien aux victimes qu'aux proches. Il peut par exemple être utile de garder une trace écrite du premier témoignage de la victime auprès de vous, ce que conseille le site du gouvernement

Vous aiderez aussi votre proche en l'assurant que votre porte "est toujours ouverte", si elle doit fuir, mais aussi si elle a simplement besoin "d'un week-end de repos", conseille Françoise Brié. Qui met en garde, cependant, sur les situations dans lesquelles l'agresseur sait où vous habitez : pour la sécurité de la victime, il peut être nécessaire de "l'éloigner chez d'autres amis dont il ne connaîtrait pas l'adresse", ainsi que ses enfants.

Votre soutien passe aussi par des gestes plus simples : appeler la victime, passer la voir. Pour la directrice de Solidarité femmes, le rôle principal que peuvent jouer les proches est "de ne pas laisser la victime isolée avec son agresseur".


Si vous êtes victime de violences, ou si vous êtes inquiet pour une membre de votre entourage, il existe un service d'écoute anonyme, le 3919, joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. D'autres informations sont également disponibles sur le site du gouvernement, où il est également possible de déposer un signalement.

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