Violences conjugales : souvent, les femmes entendent "vous auriez dû partir, vous êtes un peu responsable"

Françoise Toutain, de l'association SOS Femmes Alternatives, réagit sur franceinfo alors qu'une femme défenestrée par son mari n'a pas pu obtenir une indemnisation totale, car jugée en partie responsable de ce qui lui est arrivé.

Violences faites aux femmes, photo d\'illustration.
Violences faites aux femmes, photo d'illustration. (ANTHONY PICORE)

"On me fait régulièrement part de femmes à qui l'on dit 'vous auriez dû partir', 'vous êtes un peu responsable de ce qu'il vous arrive'", regrette jeudi 3 janvier sur franceinfo Françoise Toutain, directrice du centre Flora Tristan, établissement de l'association SOS Femmes Alternatives.

Le Maine Libre a révélé qu'une femme de 31 ans, défenestrée par son compagnon et devenue paraplégique, s'est vue refuser une indemnisation totale, au motif qu'elle est en partie responsable de ce qui lui est arrivé car elle est restée à son domicile.

franceinfo : S'agit-il d'un cas isolé ou avez-vous déjà entendu des histoires semblables ?

Françoise Toutain : On me fait régulièrement part de femmes à qui l'on dit 'vous auriez dû partir', 'vous êtes un peu responsable de ce qu'il vous arrive', 'vous auriez dû prendre les dispositions pour partir et ne pas revenir', c'est malheureusement très souvent cela que les femmes victimes de violences conjugales entendent de la part de différents corps de métiers ou autorités. 

Pourquoi certains tiennent-ils ce discours ?

C'est encore un discours que l'on entend chez beaucoup de gens, qui ignorent ce que sont les violences conjugales, le phénomène d'emprise, qui ne connaissent pas la difficulté de quitter le domicile familial - même quand c'est l'enfer à l'intérieur - à partir du moment où il y a des enfants. Ils ignorent aussi le parcours de la combattante que représente le fait de quitter le domicile conjugal, de repartir sur de nouvelles bases, de refaire sa vie sans le conjoint violent, c'est une décision très difficile à prendre, avec des enfants au centre de tout cela. C'est souvent qu'on entend dire 'si elle ne part pas, c'est qu'elle y trouve un peu son compte et qu'elle est un peu satisfaite de la situation'.

Comment on lutte contre ça ?

C'est d'abord en parlant des violences conjugales, du phénomène d'emprise, etc. Il faut déconstruire cela auprès des acteurs sociaux, des policiers, de la justice, des médecins, de tous ceux qui sont susceptibles d'accueillir des femmes. Le but est d'abord de faire en sorte que l'accueil des femmes victimes de violences soit à la mesure de ce qu'elles peuvent attendre au vu de la situation qu'elles vivent. Et puis au sein du réseau Solidarité femmes, on travaille aussi à faire évoluer les lois dans le sens d'une plus grande prise en compte du statut de "victime". Il faut faire enfin plus de communication pour nous faire connaître, on a des numéros d'appels : le 39 19, des numéros départementaux également, etc.