Violences conjugales : "Notre société n'est plus tolérante sur la question", estime une responsable de l'Observatoire des violences faites aux femmes

La France insoumise ne parvient pas à se dépêtrer de l'affaire Quatennens, avec une nouvelle polémique vendredi 23 septembre autour d'une déclaration du député Manuel Bompard, semblant relativiser les violences conjugales commises par son collègue du Nord.

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Radio France
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Une banderole lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes, le 8 mars 2022 à Paris (JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Face à la polémique qui secoue LFI, dans la foulée de l'affaire Adrien Quatennens, accusé de violences conjugales, Ernestine Ronai, responsable de l'Observatoire des violences faites aux femmes en Seine-Saint-Denis, juge positif que le travail des associations "commence à être entendu", à l'heure où "notre société n'est plus tolérante" sur la question.

franceinfo : Comment recevez-vous les mots de Manuel Bompard qui estime que si elle n'est jamais acceptable, "une gifle n'est pas égale à un homme qui bat sa femme tous les jours" ?

Ernestine Ronai : Ce n'est pas un discours d'homme politique responsable, ce n'est pas audible, cela suscite l'indignation. En même temps, cela suscite le débat et c'est ça que je veux entendre : chacun, chacune se situe sur la question. Il y a quelques années, il n'y aurait pas eu de débat, tout cela indique qu'il y a des progrès et que notre travail commence à être entendu. Ce qui est nouveau, c'est que notre société n'est plus tolérante aux violences : ça fait le buzz, on en parle, et c'est ça qui importe. Ça veut dire que la conscience de la société s'améliore, on comprend mieux de quoi on parle. L'effort de banalisation ne fonctionne pas. Tout le monde va se poser la question : est-ce que les violences, quelles qu'elles soient, sont acceptables ?  

"Non, les violences de l'intime ne sont pas acceptables, elle ne doivent plus être banalisées ni minimisées, elles sont toujours dangereuses."

Ernestine Ronai

à franceinfo

Que vous inspire le relativisme de ces déclarations ?

Il y a une mauvaise connaissance de ce que sont les violences : il n'y a pas de petites violences, on sait jamais comment ça va dégénérer. Cela ne commence pas forcément par une gifle d'ailleurs car il y a avant, toutes les violences psychologiques que la femme a subies. Les premières révélées ne sont jamais les premières violences subies réellement. Il y a toujours des violences psychologiques avant, et ensuite le physique. Les violences conjugales sont aussi imprévisibles : une gifle, on ne sait pas jusqu'où ça va aller. Dans le code pénal, une gifle est une violence volontaire, et les humiliations et les dévalorisations, c'est du harcèlement moral dans le couple. Tout cela existe dans le code pénal et la loi est la même pour tout le monde, homme politique ou pas.

Comment estimez-vous l'état de la lutte contre ces violences ?

En 2021, il y a eu 122 femmes tuées par leur conjoint, mais il y a aussi eu 190 tentatives de féminicides et 209 femmes suicidées du fait de violences psychologiques, selon une estimation, et je n'ai pas de chiffre sur les tentatives de suicide. L'ensemble des femmes tuées ou qu'on a essayé de tuer représente 521 personnes, donc bien plus qu'une chaque jour. C'est extrêmement dangereux. C'est pour ça qu'il ne faut pas la laisser passer. Mais ce qui marque notre époque c'est le recul de la tolérance sociale vis-à-vis de ces violences, et c'est ce qu'il faut cultiver et faire grandir.

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