VIDEO. Féminicides : la Fondation des femmes réclame "un Grenelle des violences faites aux femmes"

L'association souhaite que le dossier des féminicides soit remonté "en haut de la pile" du gouvernement.

FRANCE INTER

La présidente de la Fondation des femmes a réclamé sur France Inter lundi 1er juillet la création d'un "Grenelle des violences faites aux femmes". Anne-Cécile Mailfert a également pointé du doigt les "défaillances dans les commissariats", notamment dans la prise en compte des plaintes de victimes. Le Parisien a publié dimanche la liste des 70 femmes mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint, une manifestation est organisée samedi 6 juillet à Paris pour protester contre les féminicides.

franceinfo : Quelle est la chaîne de responsabilités qui mène au féminicide ?

Anne-Cécile Mailfert : On est dans des situations de non-assistance à personne en danger. Quand quelqu'un vient vous voir et que vous ne faites rien, c'est ce que l'on appelle de la non-assistance à personne en danger. La chaîne de responsabilités est multiple mais elle commence au commissariat. Pourquoi des plaintes de femmes victimes de violences ne sont pas prises et ne sont pas transmises aux procureurs, alors que les policiers sont obligés de prendre les plaintes ? Pour plusieurs raisons. Notamment parce qu'il y a des politiques de chiffres. Plus il y a de plaintes dans un commissariat, plus on a l'air de croire que c'est un endroit difficile et moins il y a de plaintes et plus ça a l'air d'être un endroit très calme. Et puis, dans la société, il y a un manque de considération, un manque de prise au sérieux des femmes victimes de violences.

Ce manque de considération n'est-il pas en train de se résorber ?

Malheureusement non. C'est d'ailleurs pourquoi nous manifesterons samedi avec les familles des victimes, afin de donner un nouveau coup de projecteur. On demande donc un Grenelle des violences faites aux femmes. Et ça ne doit pas être une énième réunion, mais plutôt l'occasion de dire que le dossier des féminicides doit être en haut de la pile. Cela suffit de dire que c'est un dossier prioritaire mais qu'il y a d'autres dossiers plus prioritaires encore.

Le gouvernement a notamment lancé une plateforme de signalements pour les femmes victimes de violences. Emmanuel Macron avait déclaré que la cause des femmes serait la grande cause de son quinquennat. Ce n'est pas assez ?

On ne peut pas dire qu'il ne se passe rien. Mais en revanche, il n'y a pas de mobilisation générale. Et je veux que l'on s'enlève de la tête que les violences faites aux femmes et que les meurtres de femmes sont une fatalité. C'est faux. Les meurtres de femmes, on peut les détecter, on peut les prévenir, on peut donc les empêcher. Et ce, avant même la fin du patriarcat. On peut faire baisser le chiffre tout de suite, en faisant en sorte que ça bouge à tous les niveaux. Par exemple, lorsqu'il y a eu le meurtre de Julie Douib [cette mère de famille a été assassinée par son ex-conjoint le 3 mars dernier], est-ce qu'il y a eu des enquêtes dans le commissariat pour savoir où ça avait pêché ? Où sont les manquements ? Où sont les défaillances ? On ne se pose pas les questions. Et tous les deux jours, il y a les mêmes défaillances.

Dans une circulaire, la garde des Sceaux exige des parquets une mobilisation plus grande. Selon vous, il y a une inégalité régionale dans la prise en compte des violences faites aux femmes ?

Pour un certain nombre de femmes, c'est un peu au petit bonheur la chance. Tout dépend du département dans lequel vous êtes. Parfois, le juge des affaires familiales va donner une ordonnance de protection et dans d'autres départements, le juge va penser que ça ne sert à rien. Par exemple, le bracelet électronique [pour les conjoints violents] va être expérimenté à Pontoise (Val-d'Oise). C'est très bien pour les femmes de Pontoise mais pour les autres ? Idem pour l'aide juridictionnelle. Il y a des endroits où les associations ont des moyens. Et puis il y a des départements où il n'y a pas une seule association sur les violences faites aux femmes. Voilà pourquoi une mobilisation massive, c'est aussi une mobilisation budgétaire.

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, était l\'invitée de France Inter lundi 1er juillet 2019.
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, était l'invitée de France Inter lundi 1er juillet 2019. (FRANCE INTER)