Corse : ce que l'on sait du meurtre de Julie Douib, tuée par son ex-compagnon

Cette femme de 34 ans a été tuée par balle, dimanche 3 mars, à son domicile en Corse. Son ex-compagnon a été placé en garde à vue.

Julie Douib, mère de deux enfants, a été abattue par arme à feu par son ex-conjoint. Il s\'agit de la 30e femme, victime d\'un compagnon, ex-compagnon ou petit ami, décédée depuis le 1er janvier 2019. 
Julie Douib, mère de deux enfants, a été abattue par arme à feu par son ex-conjoint. Il s'agit de la 30e femme, victime d'un compagnon, ex-compagnon ou petit ami, décédée depuis le 1er janvier 2019.  (CAPTURE D'ÉCRAN FACEBOOK / FRANCEINFO)

Il s'agit du 30e assassinat d'une femme par son compagnon* perpétré au niveau national depuis le 1er janvier 2019, selon le recensement "Ne les oublions pas". Ce bilan chiffré est réalisé par un groupe de bénévoles qui souhaitent perpétuer le souvenir de ces femmes mortes sous les coups de l'homme qui partageait ou avait partagé leur vie. 

La trentième victime recensée en 2019 s'appelle Julie Douib. Mère de deux enfants, âgée de 34 ans, elle a été abattue par arme à feu, dimanche 3 mars, à son domicile à l'Ile-Rousse (Haute-Corse). L'auteur présumé des coups de feu est son ancien compagnon, Bruno Garcia, âgé de 43 ans, qui s'est constitué prisonnier auprès des gendarmes.

Deux coups de feu tirés à bout portant 

Il est environ 11 heures, dimanche, quand des habitants de la Résidence de la mer, à l'Ile-Rousse, entendent "deux coups de feu puis un cri étouffé". Dans son appartement, Julie Douib, 34 ans, s'effondre. Selon Corse-Matin, la jeune femme reçoit "deux balles de calibre 9 mm tirés à bout portant" à l'abdomen. Elle meurt peu de temps après.

L'ancien compagnon en garde à vue

L'ex-conjoint de Julie Douib se rend ensuite dans les locaux de la gendarmerie de l'Ile-Rousse, révélant être l'auteur des coups de feu. Il est placé en garde à vue, dans le cadre d'une enquête de flagrance pour homicide volontaire, ouverte par le parquet de Bastia, et devrait être présenté mardi à un juge d'instruction qui décidera des suites judiciaires données à cette affaire.

Bruno Garcia, originaire de Santa-Reparata-di-Balagna (Haute-Corse), avait une autorisation de détention d'arme à titre sportif en tant que membre d'un club de tir sportif, selon France 3. L'enquête devra déterminer si c'est cette arme qui a servi à tuer son ex-compagne et dans quelles circonstances exactes se sont déroulés les faits.

Harcelée par son ex-conjoint depuis plusieurs années

Le meurtre de Julie Douib intervient dans un contexte particulier. "Elle vivait un enfer depuis deux ans, elle subissait des violences physiques et psychologiques, souvent en public", précisent des proches de la jeune femme auprès de Corse-Matin, qui racontent avoir été "trop souvent" les témoins de scènes violentes.  D'après France Bleu RCFM, la jeune femme, créatrice de bijoux et d'objets de décoration, était victime de violences conjugales depuis de longs mois. Sa voisine Maryse évoque, auprès de France 3, des "violences" de la part de Bruno Garcia depuis deux ans et demi. 

Cette mère de deux petits garçons, âgés de 8 et 10 ans, s'était récemment séparée de son compagnon. "Elle essayait de vivre normalement, de sortir, de dîner chez des amis, confie une de ses amies, à Corse-Matin. Mais nous n'avions pas la même vie, elle était constamment traquée par son ex." L'ancien compagnon est décrit par des proches comme un homme "sombre, solitaire, un pervers narcissique qui l'empêchait même de travailler". Elle avait donc quitté le domicile conjugal en automne dernier pour s'installer seule dans une résidence de l'Ile-Rousse. Les deux enfants se trouvaient chez leur père au moment des faits.

Une tragédie "prévisible" 

Pour plusieurs de ses proches, "la tragédie était prévisible", selon Corse-Matin. Ils sont convaincus que le drame aurait pu être évité et affirment que plusieurs signaux d'alerte ont été transmis aux autorités à plusieurs reprises. Plusieurs plaintes ont été déposées par le couple pour dénoncer les violences, vol ou encore dégradation de l'un ou l'autre. Un juge avait décidé fin janvier de placer provisoirement les deux enfants chez leur père, en attendant les conclusions d'une enquête sociale,  rapporte de son côté France Bleu RCFM.

"Julie m'avait dit la chose suivante : 'Je m'inquiète parce qu'on ne me prend pas au sérieux, il faudra peut-être que je meure pour qu'on me prenne au sérieux'", raconte à France 3 Antoinette Salducci, vice-présidente de la communauté de communes d'Ile-Rousse Balagne et conseillère départementale. Ce que confirme sa tante, Hélène, au micro de RMC : "Quand elle a alerté la gendarmerie, elle n'a pas été prise au sérieux, comme beaucoup de femmes." 

La situation de la jeune femme, originaire de la région parisienne, était pourtant connue de tous. "Nous l'avons tous aidée, cachée, accompagnée auprès des services sociaux", racontent plusieurs de ses proches. "Je crois que quand il y a le moindre doute, chacun doit en avoir conscience : la personne violente peut déraper à tout moment, souligne Antoinette Salducci. C'était tout à fait prévisible."

Une marche blanche prévue ce week-end

Touchés par le drame, les riverains ont prévu d'organiser une marche blanche en l'hommage de Julie Douib, le week-end prochain, dans la petite commune corse. "On est tous touchés, concernés par ça, c'est vrai que Julie était très connue à l'Ile-Rousse, elle était créatrice et faisait des bijoux depuis peu", explique à BFMTV Valentine Biancardini, à l'origine de l'initiative.

Selon les données du ministère de l'Intérieur, 130 femmes sont mortes en 2017 sous les coups de leur compagnon, ex-conjoint ou petit ami, contre 123 en 2016. A titre de comparaison, 21 hommes ont été tués par leur compagne, compagnon ou ex-compagne. Des "chiffres [...] en légère hausse", qui restent "préoccupants" pour le ministère. Il invite à ouvrir "les yeux" et à avoir le réflexe d'appeler la police "lorsqu'on est témoin de violences envers une femme".