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Violences sexuelles dans le patinage : Didier Gailhaguet connaissait "les attitudes très discutables" de Gilles Beyer, selon Gwendal Peizerat

L'ex-patineur et candidat à la présidence de la Fédération française des sports de glace contre Didier Gailhaguet en 2014, affirme sur franceinfo que ce dernier avait eu connaissance du comportement de l'entraîneur Gilles Beyer, accusé de viol par la patineuse Sarah Abitbol.

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Radio France
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Gwendal Peizerat, le 9 décembre 2010. (GREGORY YETCHMENIZA / MAXPPP TEAMSHOOT)

Gwendal Peizerat, champion olympique de patinage, ex-candidat à la présidence de la Fédération française des sports de glace contre Didier Gailhaguet en 2014, affirme lundi 3 février sur franceinfo que Didier Gailhaguet connaissait "les attitudes très discutables" de l'entraîneur Gilles Beyer, "vis-à-vis des filles et des jeunes filles". 

Ce dernier est accusé par l'ancienne championne de patinage, Sarah Abitbol, de l'avoir violée lorsqu'elle était adolescente. Accusation relayée par d'autres championnes françaises qui ont décidé, elles aussi, de briser l'omerta. Gilles Beyer a concédé avoir eu "des relations intimes" et "inappropriées" avec Sarah Abitbol, lui présentant ses "excuses". Aujourd'hui, c'est donc le patron de la Fédération française des sports de glace, Didier Gailhaguet, qui va devoir s'expliquer. Il est convoqué par la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

franceinfo : Est-ce que Didier Gailhaguet pouvait ne pas savoir ce qui se passait dans sa fédération ?

Gwendal Peizerat : Didier Gailhaguet est omnipotent dans la fédération. Tout passe par lui. Il sait tout. Qu'il ne sache pas que ça soit allé jusqu'au viol ? Possible ! Maintenant, il savait que Gilles Beyer avait des attitudes très discutables vis-à-vis des filles et des jeunes filles, puisque ce même Gilles Beyer, qui avait été cadre national, avait été radié par la ministre Marie-George Buffet qui avait demandé instamment que la fédération se sépare de Gilles et surtout qu'il ne soit plus mis en contact avec des jeunes du fait de son côté prédateur. Didier Gailhague a fait revenir Gilles Beyer dans cet exécutif, et l'a même nommé responsable de la tournée de l'équipe de France. Donc avec nous, dans les bus, dans les hôtels, pendant plus d'un mois, en quasi huis clos, à proximité absolue. En 2011, Gilles Beyer est même "team leader" de l'équipe junior qui part en Corée du Sud pour les Championnats du monde juniors.

Y a-t-il une forme de complicité de la part de Didier Gailhaguet ?

Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas empêché ces agissements. Ils sont très, très proches avec Gilles Beyer. Ils ont toujours été ultra proches. C'est un pote. Il l'a toujours mis dans ses affaires.

Que peut faire la ministre des Sports ?

Didier Gailhaguet a déjà été poussé à la démission. C'est déjà arrivé. Il a été poussé à la démission en 2004. Maintenant, la ministre ne va pas le rendre inéligible. Les seuls qui peuvent empêcher son retour, car il est déjà revenu plusieurs fois, ce sont les présidents de club. Il est élu par les présidents de clubs français. Donc, aujourd'hui, la fédération est souveraine. C'est une association loi 1901. Ce sont ses membres qui élisent leur président. C'est eux qui l'ont choisi. Ils l'ont choisi en 2014 quand toute une équipe de sportifs, d'anciens champions que je menais, s’est présentée contre Didier Gailhaguet à la fédération. Ils ont choisi de revoter pour Didier Gailhaguet. Et en 2018, à nouveau des élections, il n'y a plus personne pour se présenter devant Didier Gailhaguet. C'est le signe d'une dictature. Il n'y a plus personne. Il est le seul à se présenter pour être élu à sa propre succession. Et cela fait vingt ans qu'il est là.

À votre avis, existe-t-il d'autres patineuses qui n'osent pas parler ?

Alors, pas forcément de viol, mais toute la partie immergée de l'iceberg qu'on ne voit pas et qu'on n'arrive pas à montrer au grand public, c'est toutes les violences psychologiques qui sont faites, non seulement aux patineuses, mais aussi aux patineurs de vitesse, aux bobeurs, aux curleurs. Des violences psychologiques, des pressions, de la peur. Mais je vais même plus loin : aux entraîneurs, aux juges ! Les juges partent en compétition avec la peur au ventre, la peur de ne pas répondre aux attentes de Didier Gailhaguet, qui leur dit : "Voilà ce que vous devez faire". Et si les gens ne se rangent pas derrière l'avis de Didier Gailhaguet, et bien derrière, Il y a des représailles. Je l'ai vu pour des sportifs qui se sont mis à mes côtés, qui étaient entraîneurs : il y a eu des représailles derrière parce qu'ils ont fait campagne contre Didier Gailhaguet. Et ils ont perdu leur boulot.

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