Une ex-gendarme se reconvertit dans la maroquinerie punk et vegan

Cécile Vincent crée des sacs punks en matières vegan chez elle à Bayeux (Calvados), après avoir été officière de gendarmerie.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Cécile Vincent pose à côté de ses créations, le 18 septembre 2020 à Bayeux (Calvados). (DAMIEN MEYER / AFP)

Autrefois, cette officière de gendarmerie commandait jusqu'à 120 militaires. Aujourd'hui, Cécile Vincent crée des sacs punk en matières vegan chez elle à Bayeux (Calvados), entourée de ses deux chiens chihuahua. Une nouvelle manière pour elle de militer en faveur d'un monde meilleur, "en douceur".

Noms de sorcières

Ses cheveux teints en rose et coupés court font ressortir les boucles d'oreilles en forme de tête de mort, des "excentricités absolument pas envisageables" dans sa vie d'avant "normée et encadrée". Elle a présenté les créations de sa marque Senza ("Sans" en italien), qui portent des noms de sorcières, le week-end dernier au festival de la mode et de la gastronomie vegan Smmmile à Paris. Rejetant "cruauté et violence", elle lutte aussi pour un monde "sans oppression ni patriarcat".

Vegan depuis peu, Cécile Vincent, 38 ans, fabrique sa maroquinerie en matières innovantes issues de fibres de feuilles d'ananas ou de poudre de cactus fixée sur du coton. Des motifs têtes de mort sur du jacquard, des clous, un fermoir-boulon apportent une touche rock chère à cette fan du groupe Indochine ou de "metal mongol" qu'elle écoute en fabriquant les sacs. Le sac à dos en toile de camouflage est doublé d'un tissu rose imprimé de doigts d'honneur.

"Je suis contre la cruauté"

Des codes punks qui conviennent à toute femme qui veut exprimer "une sorte de rébellion contre l'ordre établi", estime Cécile, fille d'un commissaire de police mariée à un gendarme et mère d'un garçon de 10 ans. "J'ai été gendarme pendant quinze ans, c'est un métier riche et passionnant, mais malheureusement sur le côté noir de la vie et de la société. Au bout d'un moment, j'ai eu envie d'élargir mes horizons et exprimer ma créativité", explique-t-elle à l'AFP dans sa maison à Bayeux. "J'ai fait une overdose, je suis contre la cruauté et j'ai voulu avoir une vie plus douce." La Déclaration des droits de la femme est affichée au-dessus du bureau de son atelier de 8 m2, installé dans son salon.

Que ce soit sa formatrice en création d'entreprise ou sa graphiste, Cécile Vincent cherche des "perles rares" parmi les femmes pour faire avancer son projet. "On a toujours tendance à les remettre sur l'arrière de la scène", aussi bien dans l'armée que dans les affaires. Elle n'en est qu'à ses débuts mais se dit "confiante" dans le succès de ses sacs, qui coûtent autour de 250 euros.

Cécile Vincent, maroquinière, dans son atelier de Bayeux (Normandie). (DAMIEN MEYER / AFP)

"Zéro déchet"

"C'est un marché qui est en train de se développer", souligne-t-elle en estimant qu'à part l'alimentation ,"le mode de vie vegan" ne présente pas suffisamment d'offre. Le festival Smmmile, l'un des rares à être maintenus malgré l'épidémie de Covid-19, donne pourtant l'impression que les choses bougent. Outre la nourriture, ses participants proposent vêtements, cosmétiques ou serviettes hygiéniques lavables, en défendant les concepts "zéro déchet" et "fabriqué localement".

Si cela reste tabou pour de nombreuses femmes, Karine Jean-Jacques, fondatrice de la marque Ka-Ji-Ji qui fabrique des serviettes hygiéniques colorées et réutilisables en coton bio, compte parmi ses clientes de plus en plus de lycéennes "pour qui il est inimaginable de jeter" des protections après un seul usage. Filtres à café en chanvre, couvre-plats en lin, sacs en coton "origami" pour conserver le pain, lingettes démaquillantes : la marque Kimshi propose des alternatives aux objets quotidiens, très design, lavables et réutilisables.

Pierre Hermé, grand pâtissier vegan

Le même esprit pénètre les plus hautes sphères gastronomiques. Pierre Hermé, "meilleur pâtissier du monde" 2016, selon le classement 50 Best, a ainsi créé cette année pour la première fois une bûche de Noël chocolat et fleur de cassis 100% vegan.

Le pâtissier Pierre Hermé est intronisé commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres, au ministère de la Culture, à Paris, le 23 septembre 2019. (ISA HARSIN / SIPA)

"Avant d'être vegan, c'est surtout très bon, il ne faut pas que ce soit une punition", a déclaré le pâtissier à l'AFP lors d'une récente présentation de ses créations de Noël au palais de Tokyo, haut lieu de l'art moderne audacieux. "Nous les pâtissiers, on travaille avec la crème, le beurre, les œufs. C'est intéressant de se remettre en question et d'apprendre les nouvelles techniques, cela me tient à cœur", souligne-t-il.

Membre d'un institut vegan, il échange avec d'autres chefs qui travaillent dans ce segment pour trouver des alternatives aux produits et procédés traditionnels. A venir bientôt chez Pierre Hermé, un macaron vegan "rose des sables" avec du chocolat au lait (d'amande).

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