Une lettre à l'effigie de Pétain interceptée par la Poste

Les services postaux du Loiret ont intercepté une lettre postée le 2 juin dernier dans le Finistère, et affranchie avec des timbres à l'effigie du maréchal Pétain. Imprimés entre 1941 et 1943, ces timbres sont interdits depuis la Libération et la condamnation du chef du régime de Vichy.

(Les services postaux du Loiret ont intercepté une lettre postée le 2 juin dernier dans le Finistère, et affranchie avec des timbres à l'effigie du maréchal Pétain © MAXPPP)

Une lettre affranchie avec des timbres du Maréchal Pétain a été découverte par une factrice du Loiret dans son courrier à distribuer. C'était mardi au centre de tri de l'avenue des Droits de l'Homme à Orléans : cinq timbres à l'effigie de Pétain, sur une lettre à destination d'un habitant d'Orléans. Un fait très rare voire inédit de mémoire de collectionneurs.

La lettre, partie de Crozon dans le Finistère, porte le cachet de la Poste en date du 2 juin 2015, ce n'est donc pas un courrier qui se serait égaré pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est une collègue d'Eddy Talbot, délégué Sud à la Poste, qui l'a trouvée. Pour ce dernier, "la première réaction c’est de se dire 'on vit une drôle d’époque quand même' parce qu’en ce moment, avec la libération de la parole raciste... et là ce n’est pas la parole qui se libère, c’est par voie postale et via des timbres. Après, ça peut aussi être quelqu’un qui a trouvé des timbres dans un tiroir familial et qui les a postés en n’ayant pas du tout conscience de ce que c’était" .

Des timbres interdits depuis la Libération

Ces timbres, émis entre 41 et 43, sont interdits depuis la Libération, la condamnation du maréchal Pétain, et la mesure d'indignité nationale prononcée contre le chef du régime de Vichy.

"En quarante ans de métier, je n'ai jamais vu ça"

De mémoire de philatéliste, le cas est unique. Philippe Voisin est expert à Orléans, et en 40 ans de métier, il n'a "jamais vu ça. Il est interdit d’affranchir un courrier, un colis, avec tous les timbres relatifs à Pétain ou à la Francisque ou à 'travail, famille, patrie " (La devise du régime de Vichy, NDLR).

Dans l'absolu, ce genre d'envois pourrait donner lieu à des poursuites. Mais la Poste ne semble pas l'envisager, les services juridiques ont examiné la lettre et l'ont envoyée à Libourne, aux courriers égarés. Le destinataire, lui, ne la recevra sans doute jamais.