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Une enseignante se suicide : ses conditions de travail en question

Dans le coma après une tentative de suicide le 15 octobre, cette enseignante du lycée André Malraux de Béthune (Pas-de-Calais) est décédée dimanche à l'hôpital. Dans un brouillon de mail retrouvé sur son ordinateur, elle évoquait sa souffrance et des conditions de travail difficiles.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
 (Gaetan BALLY Maxppp)

Après une semaine entre
la vie et la mort, l'enseignante en secrétariat et bureautique du lycée
professionnel André Malraux de Béthunes qui avait tenté de se suicider
est
décédée.

Dans un brouillon de courriel qu'elle destinait au
syndicat enseignant
Action et Démocratie, cette mère de 48 ans explique que cette année, "ça
n'allait
pas
" : des classes "surchargées " à
36 élèves, un emploi du temps "lourd ", le sentiment d'être
opprimée par la hiérarchie de l'établissement. Et puis, aussi, la
crainte de
voir son poste supprimé à la prochaine rentrée, l'obligeant à redevenir
titulaire
sur zone de remplacement (TZR), sur deux départements. Remplaçante, en
somme, ce qu'elle avait vécu pendant dix ans.

" A
la rentrée prochaine,
si cette politique de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux était
poursuivie, elle allait de nouveau se retrouver en mesure de carte
scolaire et
perdre son poste "

"Elle avait déjà vécu cette
situation pendant près de dix ans, précédemment, se
retrouvant à faire de longs déplacements. Elle avait la phobie des
embouteillages
", souligne Sylvie Vinsard, secrétaire académique et
nationale du syndicat enseignant Action et Démocratie.    

Suppression
de poste

"Si la classe n'est pas remplie à 38
à la rentrée, le rectorat n'ouvre pas la section complète. Cette année,
le
poste de cette enseignante n'a pas été supprimé parce que les mesures de
carte
scolaire étaient déjà faites depuis mars. Mais à la rentrée prochaine,
si cette
politique de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux était
poursuivie
,
elle allait de nouveau se retrouver en mesure de carte scolaire et
perdre son
poste
."

Pourtant, selon la directrice de cabinet au rectorat,
Dominique Lévêque, "il n'y avait pas de raison objective que son
poste
soit remis en question, au regard de son ancienneté. Je ne dis pas
pour autant qu'elle
ne le croyait pas ou qu'elle n'en avait pas l'angoisse
", affirme de
son côté
Dominique Lévêque, la directrice de cabinet au rectorat.

Une "bonne
enseignante
"

"C'était une bonne enseignante ,
poursuit-elle, en citant un rapport d'inspection de 2010. *L'inspecteur
n'avait

pas relevé de difficulté et l'enseignante n'en avait pas exprimé. Ce
qui ne veut pas dire qu'elle n'en rencontrait pas* ".

Personne ne recevra son
mail à temps. C'est sa sœur qui le découvre dans son ordinateur. Elle y
lira
ses dernières volontés : que "personne " de l'Education
nationale ne vienne à ses obsèques.

Walter Ceccaroni, le
secrétaire général d'Action et Démocratie dénonce mardi dans un
communiqué les "années
de laxisme
" et le "manque de courage politique "
alors que l'Education nationale "souffre d'un mal profond ".
Il appelle notamment à une refondation de l'école qui prenne en compte le
traitement des enseignants et leur place de l'école.

Le rectorat a
ouvert une enquête

Le rectorat de Lille estime qu'il s'agit d'un
"drame personnel ", dont les causes sont "multiples et
complexes
". Il a
indiqué avoir mis en place une cellule psychologique au lycée dès hier
et ouvert une
enquête interne "pour essayer de comprendre ce qui s'est passé à
l'intérieur du système éducatif
".

Le syndicat d'enseignant,
lui, a l'intention de déposer un préavis de grève pour le 12 novembre, à
sa mémoire.

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