Syndrome du bébé secoué : des parents s'estimant accusés à tort saisissent le Conseil d'Etat

Quelque 200 couples réunis au sein de l'association Adikia, née en 2017, appellent à l'abrogation des recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) sur ce syndrome. 

Le syndrome du bébé secoué concerne quelque 200 nourrissons chaque année. (Photo d\'illustration) 
Le syndrome du bébé secoué concerne quelque 200 nourrissons chaque année. (Photo d'illustration)  (FABIAN STRAUCH / DPA / AFP)

Le Conseil d'Etat appelé à se prononcer sur le syndrome du bébé secoué. Plusieurs parents se disant accusés à tort d'avoir secoué leurs enfants, et réunis au sein de l'association Adikia, ont saisi, via son avocat, le Conseil d'Etat lundi 17 février, rapporte Le Parisien. Leur objectif : obtenir l'annulation des recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) sur ce syndrome. 

Contestant la légitimité scientifique de ces recommandations, l'avocat d'Adikia, Grégoire Etrillard, juge aussi que la Haute autorité de santé a commis un "excès de pouvoir" en les publiant. "Le Conseil d'Etat, rappelle-t-il, n'a pas vocation à émettre une vérité scientifique mais à constater que la publication de la HAS ne reflète pas l'état actuel des connaissances sur le sujet", défend l'avocat auprès du Parisien. 

Le syndrome du bébé secoué, qui concerne quelque 200 nourrissons chaque année en France, est un traumatisme crânien apparaissant après qu'un adulte secoue fortement un nourrisson, par exaspération ou par épuisement face à ses pleurs. Ces graves lésions cérébrales peuvent causer la mort de l'enfant. 

Une "machine à erreur judiciaire"

Née en 2017, l'association Adikia représente quelque 200 couples de parents s'estimant accusés à tort d'avoir causé ce syndrome. Des "familles brisées", qui estiment que les recommandations de la Haute autorité de santé sont "ni plus ni moins une machine à erreur judiciaire", des mots de Grégoire Etrillard auprès du Parisien. 

Ce texte, reconnu comme une référence sur le syndrome du bébé secoué dans les milieux médicaux et judiciaires, a pour objectif d'aider à l'établissement du diagnostic. Il aurait eu, selon Grégoire Etrillard, un grave impact sur ces familles. Certains couples se sont séparés et des enfants ont été placés pendant plusieurs années, explique-t-il au quotidien régional. 

Ces recommandations ont été élaborées par un groupe de travail dont aucun membre n'est spécialisé en neurologie pédiatrique. Membres qui par ailleurs sont régulièrement appelés à fournir des expertises judiciaires dans ces dossiers, voire des contre-expertises… qui s'appuient sur un texte qu'ils ont eux-mêmes rédigé ! Il devient alors impossible d'émettre une opinion dissonante.Grégoire Etrillard, avocatà franceinfo

Pour l'avocat de l'association Adikia, plusieurs études scientifiques mettent en avant des "diagnostics alternatifs" au syndrome du bébé secoué, sur la base de symptômes similaires. 

La Haute autorité de santé, déjà interpellée par Adikia en décembre, avait vivement réagi, rappelle Le Parisien"Contester les recommandations, c'est se tromper de sujet." Elle refuse, avec d'autres structures, "de laisser sans réaction la mise en cause de la compétence et de la probité scientifique de leurs experts".