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Sécurité : "Le statut d'enseignant ne protège plus les profs, il les expose"

Même si 500 postes de chargés de prévention et de sécurité ont été créés pour cette rentrée, tous les acteurs de l'éducation reconnaissent un climat tendu entre parents et professeurs. 

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France Télévisions
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A la veille de la rentrée, tous les acteurs de l'Education nationale reconnaissent un climat de plus en plus tendu entre parents et professeurs. (HAL BERGMAN PHOTOGRAPHY / FLICKR RF / GETTY IMAGES)

RENTREE - Ils ont beau être "très sensibles aux changements de discours sur leur mission et leur statut" depuis que la gauche est au pouvoir, dixit un syndicat du secteur, cela ne fait pas tout. La rentrée 2012 se fait dans un climat tendu pour les personnels de l’Education nationale, tous métiers confondus.

Des bibliothécaires aux CPE (conseillers principaux d'éducation) en passant par les instituteurs et professeurs, en moins de quatre ans, ils sont 500 000 à avoir souscrit un contrat d'assurance spécifique leur promettant accompagnement psychologique et assistance juridique, proposé par leur assureur historique, la Maif. Soit 55% des enseignants et la moitié des personnels de direction, selon RTL, qui publie l'information. 

"Leur statut ne les protège plus mais les expose"

"Leur contexte professionnel se dégrade et, comme pour le reste de la société,  violences et incivilités sont en augmentation", explique à FTVi Marie-Hélène Raynal, responsable produit marketing à la Maif, qui assène : "Leur statut ne les protège plus mais les expose."

S'il est difficile de comparer les chiffres, le ministère ayant changé de méthode statistique récemment, tous les acteurs de l'Education nationale reconnaissent volontiers que le climat est de plus en plus conflictuel. Et les données compilées – 5 052 dossiers de protection juridique professionnelle ouverts en 2010-2011 par l'Autonome de solidarité laïque, qui accompagne plus de la moitié des personnels de l'éducation en cas de difficultés – montrent que le responsable légal de l'élève est impliqué dans 63% des cas d'insultes ou menaces et dans 69% des cas de diffamation.

"Augmentation ou pas, ce qui est sûr, c'est que ces violences sont d'une part de plus en plus connues et relayées, d'autre part de moins en moins supportées", interprète Thierry Cadart, secrétaire général du syndicat des personnels de l'Education nationale Sgen-CFDT joint par FTVi. Et d'assurer : "Si le niveau ‘fait divers’ est rarement atteint, heureusement, il y a une hausse des incivilités et de l’agressivité." "Le respect et la reconnaissance du métier d'enseignant est en baisse dans la société, et de fait, il disparaît de certaines zones sensibles, où il y a des complications", analyse de son côté Christian Chevalier, secrétaire national du syndicat d'enseignants SE-Unsa.

"Il y a des choses de plus en plus dures"

Côté parents aussi, la question est connue. "Les conflits se développent depuis plusieurs années", acquiesce Valérie Marty, présidente de la Peep, la fédération des parents d'élèves de l'enseignement public. "Il y a des choses de plus en plus dures qui se passent entre parents et professeurs, surtout dans le secondaire." Pour elle, ces tensions proviennent de deux pressions différentes, celle exercée par le chômage, qui crispe les parents sur la question de la réussite scolaire et du diplôme, et celle, sociétale, qui veut que "de bons parents soient des parents dont les enfants réussissent à l'école".

Du coup, l'association de parents a ouvert cette année une session pour former ses adhérents à l'accompagnement de parents énervés. "C'est devenu l'une de nos missions principales, justifie Valérie Marty à FTVi. Nous sommes très sollicités pour apaiser des tensions entre parents très véhéments et professeurs, parfois même nous les accompagnons lors des rendez-vous." Tout en soulignant que "rien n'est prévu par l'institution elle-même" pour faire face à ces accrochages : "L'Education nationale est assez aveugle, comme si elle n'osait pas prendre en main ce dossier." Pour l'année 2011-2012, la Maif a ouvert plus de 10 000 dossiers découlant de son assurance antiviolences.

"Ça occupe un terrain qui devrait être occupé par l'Etat", qui "n'est pas à la hauteur", se "scandalise" Daniel Robin, secrétaire général du syndicat Snes, sur RTL, qui rappelle que la loi oblige l'Etat à assurer gratuitement la défense en cas d'agression d’un enseignant. "C'est important qu'ils n'aient pas le sentiment d'avoir à trouver seuls les moyens de leur défense et leur indemnisation", insiste-t-il. "C'est souvent un combat de prouver que le dommage est lié au service du fonctionnaire, que, oui, la voiture a été cassée parce qu'on travaille dans ce bahut", ajoute pour sa part le responsable juridique du Snes, Jean-Michel Harvier, joint par FTVi. 

"Cinq cents emplois d'assistants chargés de prévention et de sécurité ont été créés" par le gouvernement Ayrault pour cette rentrée, rappelle de son côté Christian Chevalier, de l'Unsa. Toujours ça de pris. 

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