Plan hiver : "La majorité des places sont pour des hommes seuls or on a clairement besoin de places pour des familles"

Alors que le plan grand froid est officiellement déclenché à partir de jeudi, les associations d'aide aux plus démunis rappellent leur inquiétude malgré les financements promis par le gouvernement.

Un hébergement d\'urgence ouvert à Lyon, le 5 janvier 2017. (illustration)
Un hébergement d'urgence ouvert à Lyon, le 5 janvier 2017. (illustration) (JEFF PACHOUD / AFP)

Le plan grand froid commence officiellement jeudi 1er novembre. Le gouvernement va débloquer 14 000 places d'hébergement supplémentaires et prévoit cinq millions d'euros pour financer des équipes de maraude. Des "avancées" mais les associations restent "très inquiètes". Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FNARS), demande sur franceinfo l'ouverture de centres dédiés aux familles et la pérennisation des places à la sortie de l'hiver.

Franceinfo : Le plan hiver présenté par le gouvernement est-il suffisant ?

Florent Gueguen : Nous notons quelques avancées. Ce plan est un petit peu mieux préparé, un peu mieux anticipé que les années précédentes pour trouver un maximum de sites. La collaboration entre l'État et les associations est meilleure et puis nous avons aussi le renforcement du budget des maraudes parce qu'effectivement nous avons besoin de plus d'équipes directement en contact avec les sans-abri, notamment sur un certain nombre de départements qui ne sont pas ou très peu couverts, pour aller au contact des personnes les plus fragiles et leur proposer une prestation sociale, une aide alimentaire, un accompagnement voire un hébergement. Mais globalement il faut quand même noter que ce plan est peu ou prou le même que celui qui a été proposé l'hiver dernier. Quand on regarde le nombre de places, 14 000, c'est l'équivalent de ce qui a été ouvert l'hiver dernier. Or on a bien vu que la situation des personnes à la rue était très critique l'hiver dernier et qu'une majorité des personnes qui appelaient le 115, notamment les familles, n'obtenaient pas de places d'hébergement. Même s'il y a quelques avancées, les associations restent très inquiètes.

De plus en plus de familles sont à la rue. Les centres sont-ils adaptés à leur accueil?

Non. C'est clairement la priorité des associations d'obtenir l'ouverture de centres d'hébergement pérennes, adaptés à l'accueil de familles avec de très jeunes enfants parce qu'aujourd'hui ce type de places manque cruellement. La majorité des places qui sont ouvertes et qui existent en France le sont pour des hommes seuls, des personnes isolées, or on a clairement besoin de places pour ces familles. Il faut se rendre compte qu'aujourd'hui, une personne sur deux qui appelle le 115, le numéro d'appel d'urgence, est en famille. Ces familles, quand elles sont orientées, sont orientées à l'hôtel et on voit bien que ce n'est pas une solution qualitative.

Que demandez-vous ?

Nous appelons clairement à deux mesures qui ne sont pas annoncées par le gouvernement. Un : il faut redéployer les crédits qui sont aujourd'hui utilisés pour l'hébergement à l'hôtel de mauvaise qualité pour ouvrir des centres d'hébergement pérennes dédiés aux familles à la rue. L'autre priorité, qui n'est pas annoncée par le gouvernement, c'est de pérenniser des places à la sortie de l'hiver. Qu'est-ce qui va se passer à partir du 31 mars ? Ces places vont fermer au printemps et les gens seront remis à la rue, des familles mais aussi des hommes seuls, et on se retrouve avec une situation catastrophique, c'était le cas l'été dernier. La demande d'hébergements est aussi forte l'été que l'hiver et les dangers de la rue sont aussi importants pour les personnes. Nous appelons clairement à sortir de cette gestion au thermomètre de la gestion de la prise en charge des sans-abri parce que honnêtement ça n'a aucun sens d'héberger une personne ou une famille pendant deux trois mois et de les remettre à la rue au printemps et voir se développer des campements en dur l'été. Très clairement, il n'y a pas d'annonces gouvernementales en ce sens et il n'y a pas le budget dans la loi de finances 2019 pour ouvrir des centres pérennes.