Dispositifs anti-SDF : "On veut montrer l'absurdité de ce type d'installations", explique la Fondation Abbé Pierre qui organise les "Pics d'or"

La Fondation "récompense" mercredi soir de manière ironique les dispositifs les plus "ingénieux" pour empêcher l'installation des SDF dans les villes.

Un dispositif anti-SDF à Montpellier.
Un dispositif anti-SDF à Montpellier. (VINCENT PEREIRA / MAXPPP)

"On veut montrer l'absurdité de ce type d'installations", a expliqué Manuel Domergue, directeur des Études à la Fondation Abbé Pierre, mercredi 13 février sur franceinfo, à propos de la cérémonie des "Pics d'or", organisée par la Fondation Abbé Pierre pour "récompenser" les pires dispositifs anti-SDF.

franceinfo : Est-ce la créativité de ces dispositifs que vous cherchez à tourner en dérision lors de cette cérémonie des "Pics d'or" ?

Manuel Domergue : Absolument, on veut montrer l'absurdité de ce type d'installations, qui coûtent cher, qui font appel à l'ingéniosité des concepteurs de ces mobiliers et de ceux qui les commandent, ceux qui les payent et de ceux qui les appellent de leurs vœux. On veut aussi montrer qu'au lieu de faire autant d'efforts pour chasser les sans-abri de quelques mètres dans tous les quartiers des villes, il vaudrait mieux mettre toute cette inventivité humaine au service de ces personnes-là, en leur trouvant des logements. Il y a quelques décennies, le vagabondage était interdit. Tout cela a été aboli. On a le droit d'être sans-abri aujourd’hui, sauf que l'on a l'impression que l'interdiction est reproduite avec ce type de dispositifs ou des arrêtés anti-mendicité, avec tout ce qui sert à éloigner des personnes qui n'ont rien d'autre que le droit à rester dans la ville.

Où trouve-t-on ces dispositifs ?

Beaucoup dans les grandes villes, les endroits où il y a des sans-abri évidemment. Ce n'est pas que les centres-villes. Souvent, les arrêtés anti-mendicité sont concentrés dans les centres-villes touristiques pendant l'été mais on s'aperçoit que le phénomène de, par exemple, mettre des rochers un peu partout pour empêcher l'installation de gens du voyage ou de campements de migrants, se retrouve aussi à la grande périphérie des villes. Les personnes sans-abri, on ne les veut pas dans les centres-villes, pas dans les périphéries, on ne les veut nulle part. Pour eux, c'est extrêmement violent de subir ces hostilités par des pics, par des grilles. On a l'impression que l'on veut que ces personnes 's'invisibilisent'. C'est ce qu'elles font parfois. On les retrouve dans les bois, le long du périphérique. C'est extrêmement dangereux pour elles de ne plus être centralisées dans les centres-villes.

Qu'est-ce que vous demandez à travers cette cérémonie ?

On interpelle les élus locaux mais aussi les riverains, les commerçants, les citoyens en général pour leur dire : est-ce que c'est ça la ville que vous voulez ? Est-ce que vous voulez avoir des pics partout pour faire partir de quelques mètres les sans-abri ? Notre vision de la ville accueillante, ce n'est pas une ville où il n'y aurait pas de mobilier urbain anti-SDF, c'est une ville où il y aurait des sanitaires, des bains douches gratuits, des accueils de jour pour les sans-abri, dans l'optique de les ramener vers un logement le plus vite possible. Le but n'est pas de rendre la ville confortable mais que les personnes aient accès à un logement dans le cadre de la philosophie du logement d'abord, qu'elles ne soient pas toujours trimbalées d'hébergement en hébergement. Le meilleur moyen d'être sûr de ne pas résoudre le problème, c'est de l''invisibiliser'. Si on ne voit plus les sans-abri, personne ne leur apportera des réponses.