Transformer les églises vides en mosquées : la polémique est lancée

Mise en cause de l'héritage culturel ou moyen de pallier la pénurie de mosquées en France ? Les avis s'opposent avec fracas sur les réseaux sociaux après la proposition de Dalil Boubakeur, le président du Conseil français du culte musulman.

Eglise du petit village de Bélesta-en-Lauragais, à 45 km de Toulouse, le 28 avril 2004.
Eglise du petit village de Bélesta-en-Lauragais, à 45 km de Toulouse, le 28 avril 2004. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Dalil Boubakeur a lancé le débat. Dans son livre Lettre ouverte aux Français, le président du Conseil français du culte musulman propose de transformer les églises abandonnées en mosquées. "C'est un problème délicat, mais pourquoi pas", a-t-il réitéré, lundi 15 juin, sur Europe 1.

La France comptait, en 2012, près de 2 500 lieux de culte musulman pour 40 000 églises, selon Les Décodeurs. Trois cents mosquées seraient également actuellement en construction. "Il en faut le double d'ici deux ans", avait expliqué Dalil Boubakeur en avril dernier. Mais sa proposition est loin de faire l'unanimité. Et malgré les pincettes que prend le recteur de la Grande Mosquée de Paris, certains voient dans cette proposition une incitation aux tensions.

Pour les uns, Boubakeur a tort, parce que...

... sa proposition mettrait à mal l'identité culturelle de la France

La réaction de Christine Boutin, la fondatrice du Parti chrétien-démocrate, ne s'est pas fait attendre sur Twitter. 

Le Scan du Figaro a interrogé Sébastien Huyghe, porte-parole des Républicains. "On est favorable à la création de nouveaux lieux de culte là où il y en a besoin, assure-t-il. Mais pas pour la reconversion des églises. Au titre symbolique, c'est évidemment risqué".

"La société française est largement déchristianisée, et pourtant, l'idée que des musulmans puissent occuper des églises chrétiennes choque, voire agresse celle-ci", analyse pour sa part Frédéric Saint Clair, consultant en communication et ancien chargé de mission auprès du Premier ministre de 2005 à 2007, interviewé par Le Figaro

... les églises sont des lieux dédiés à une seule religion

De son côté, Philippe Gosselin, député des Républicains de la Manche cité par Le Figaro, y voit une "plaisanterie", voire une "provocation""Et pourquoi pas faire aussi des temples bouddhistes ! Les lieux de culte ne sont pas interchangeables. Cela pose de gros problèmes cultuels et culturels."

Une idée également soutenue par monseigneur Stanislas Lalanne sur RTL, représentant de la Conférence des évêques de France. "On ne doit pas jouer avec les symboles. Les lieux ont de la mémoire, ce sont des générations et des générations qui sont venues prier..." L'évêque de Pontoise reconnaît toutefois qu'il faut trouver une solution pour "garantir la liberté de culte" aux musulmans.

... certains y voient une attaque contre la chrétienté

Sur Twitter, ceux-là accusent Dalil Boubakeur de vol, s'enflamment en affirmant que la prochaine étape sera la conquête de la France. Des idées portées par des élus d'extrême droite, comme Gilbert Collard, député Rassemblement bleu Marine, ou Stéphane Ravier, sénateur et maire FN du 7e secteur de Marseille :

Pour d'autres, l'idée n'est pas mauvaise, car elle permettrait...

... d'éviter que des églises soient laissées à l'abandon

Sur Twitter, des internautes répondent aux réactions choquées. "Les églises sont vides, plus personne n'y va, donc tout le monde s'en fiche !", lance l'un d'entre eux. 

Monseigneur Michel Dubost, évêque d'Evry, interrogé par Le Figaro, ne nie pas qu'en milieu rural, certaines églises sont dépeuplées. Ce qui va souvent de pair avec une détérioration progressive des bâtiments causée par un manque de financement de certaines communes. Pour lui, il est préférable "qu'elles deviennent des mosquées plutôt que des restaurants".

... d'intégrer davantage le culte musulman

Mgr Dubost reconnaît toutefois que la décision est compliquée sur le plan symbolique, car cela marque une "évolution de la société que les Français décident d'accepter ou pas".

Pour Thierry de Cabarrus, chroniqueur politique au Plus de l'Obs, aucun risque pour l'heure que les musulmans "remplacent" les catholiques, vu leur nombre. Mais l'évolution est nécessaire pour le pays. "On ne peut laisser les croyants de la communauté musulmane vivre leur religion dans des caves, au risque d’entretenir ce phénomène de rejet qui débouche parfois sur le fondamentalisme et le jihadisme."

... de développer le dialogue interreligieux entre deux croyances proches

"C'est le même Dieu, ce sont des rites qui sont voisins, fraternels, et je pense que musulmans et chrétiens peuvent coexister et vivre ensemble", a affirmé Dalil Boubakeur sur Europe 1. Et pour montrer que cela est possible, le recteur de la Grande Mosquée de Paris a pris l'exemple d'une chapelle de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) prêtée de 1977 à 2010 à la communauté musulmane, le temps que celle-ci dispose de son propre lieu de culte, comme le raconte Le Parisien.

Une idée que défend Louis de Gouyon Matignon, le président du Parti européen, sur Twitter.