On vous explique la polémique autour de l'Unef, dont la dissolution est demandée par plusieurs responsables politiques

Le syndicat étudiant de gauche est accusé de porter atteinte aux "principes républicains" pour avoir organisé des réunions non mixtes, notamment interdites aux étudiants blancs.

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France Télévisions
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Une pancarte de l'Unef dans une manifestation lors de la Fête du travail, le 1er mai 2018 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). (MAXPPP)

Depuis plusieurs jours, l'affaire agite les sphères politique et universitaire. L'Unef, l'un des principaux syndicats étudiants, est au cœur de la tourmente, prise pour cible par plusieurs responsables politiques pour avoir organisé des réunions de prise de parole non mixtes, ainsi que pour ses prises de position sur l'affaire de l'IEP de Grenoble, début mars.

Plusieurs élus, notamment de droite, demandent la dissolution du syndicat de gauche et l'ouverture de poursuites judiciaires. Ses détracteurs l'accusent de porter atteinte aux valeurs républicaines en différenciant les individus selon leur genre, leur sexualité ou encore leur couleur de peau ou leur religion. Des critiques rejetées en bloc par ses représentants, soutenus par certains élus de gauche. Retour en quatre actes sur cette polémique.

Acte 1 : un tweet polémique contre des enseignants de l'IEP de Grenoble

L'affaire commence le 4 mars à Grenoble. Le bureau local du syndicat étudiant publie sur son compte Twitter une photo montrant des collages réalisés devant l'Institut d'études politiques de Grenoble visant nommément deux enseignants accusés d'islamophobie.

Rapidement, l'Unef est accusée d'avoir relayé ce collage et de mettre ainsi en danger les deux enseignants. L'un d'eux se confie à France Bleu Isère : "Débattre de l'islam est devenu impossible, l'ambiance est délétère. Je pense à ce qui est arrivé à Samuel Paty." De son côté, la direction de Sciences Po Grenoble qualifie "d'abjectes et inacceptables" les accusations contre les deux professeurs et estime que le collage "met en danger l'ensemble de ses étudiants et personnels".

La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, réagit à son tour, estimant que "les menaces, les injures et les pressions n'ont pas leur place dans l'enseignement supérieur". La justice s'en mêle aussi, le parquet de Grenoble ouvrant une enquête pour "injure publique" et "dégradation".

Face au tollé, le bureau grenoblois de l'Unef supprime son post, et les représentants nationaux publient un communiqué : "L'Unef Grenoble a relayé très maladroitement et de façon dangereuse la parole de ces étudiant.e.s." Le syndicat, qui rappelle n'avoir pas été à l'origine de ces collages, réaffirme son "opposition à toute haine et à tout lynchage public", tout en estimant que "la traque aux 'islamo-gauchistes' doit cesser".

Acte 2 : la présidente de l'Unef reconnaît la tenue de réunions non mixtes

Malgré ce communiqué, la pression sur l'Unef ne retombe pas durant les semaines qui suivent. Sur les réseaux sociaux, le mot-clé #DissolutionUnef se répand, alimenté notamment par des comptes d'extrême droite.

Le 17 mars, la présidente du syndicat, Mélanie Luce, est l'invitée d'Europe 1 pour s'expliquer une nouvelle fois. Au cours de cette interview agitée, la journaliste Sonia Mabrouk l'interroge sur la tenue de réunions non mixtes au sein du syndicat.

Bombardée de questions, la présidente de l'Unef reconnaît l'existence de ces réunions, qui se tiennent environ deux fois par an, mais précise qu'elles visent uniquement à permettre aux étudiants de s'exprimer librement sur les discriminations qu'ils peuvent subir du fait de leur genre ou encore de leur couleur de peau. "Il n'y a aucune décision qui est prise en non mixité à l'Unef", affirme-t-elle.

Des réunions entre femmes sont organisées pour évoquer librement la question du sexisme, tandis que d'autres ont lieu entre personnes "racisées" au sujet du racisme, explique Mélanie Luce. La journaliste demande alors à la présidente du syndicat de confirmer que des réunions "non ouvertes aux Blancs" existent bien. "Pourquoi on considère ça différent quand ce sont des personnes qui parlent simplement du racisme qu'elles ont pu vivre et quand ce sont des femmes qui parlent du sexisme qu'elles ont pu subir ?" se défend alors la syndicaliste étudiante.

"Ces réunions sont connues de tous", a affirmé par la suite Adrien Liénard, vice-président de l'Unef auprès de l'AFP. "Elles ont démarré dans les années 2010 en réponse au besoin des militantes se disant victimes de violences sexistes et sexuelles", a-t-il précisé.

Acte 3 : des élus demandent la dissolution, Blanquer parle de dérives "fascistes"

Après ces interventions médiatiques, plusieurs élus de LREM, de droite et d'extrême droite s'indignent de l'existence de telles réunions. Le patron des députés LREM, Christophe Castaner, accuse l'Unef de "clientélisme indigéniste exacerbé totalement scandaleux". "Si les faits relèvent du pénal, cela doit faire l'objet de poursuites", selon l'ancien ministre de l'Intérieur. Eric Ciotti, député Les Républicains, a pour sa part annoncé avoir écrit au ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, pour lui demander "d’étudier sans attendre la dissolution" du syndicat étudiant, rapporte Nice Matin.

Interrogé le 19 mars à ce propos sur RMC, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, juge que ces réunions pourraient mener à "des choses qui ressemblent au fascisme", et précise réfléchir à des "évolutions législatives" pour les rendre illégales. En 2017, il avait déjà porté plainte contre le syndicat Sud Education de Seine-Saint Denis après l'annonce d'ateliers réalisés en "non-mixité choisie". Une plainte finalement classée sans suite. 

Depuis plusieurs années, l'Unef est régulièrement accusée par la droite de porter atteinte à la "laïcité" : comme en 2019 lors de sa participation à la marche contre l'islamophobie, ou encore en septembre 2020 lorsque Maryam Pougetoux, vice-présidente du syndicat, s'était rendue, voilée, à une audition à l'Assemblée nationale.

Acte 4 : une tribune de soutien, la gauche divisée

A gauche, les réactions sont plus disparates : si les Verts et La France insoumise se sont insurgés contre ces demandes de dissolution, le PS, anciennement très proche du syndicat, a nettement pris ses distances. Interrogée sur ces réunions, la maire PS de Paris, Anne Hidalgo, a estimé que c'était "très dangereux" et que "la laïcité [était] un trésor".

Dans une tribune publiée dans Le Monde le 22 mars, 250 anciens dirigeants du syndicat étudiant ont néanmoins réaffirmé leur soutien à l'Unef et dénoncé les propos de Jean-Michel Blanquer sur une prétendue dérive fasciste de l'organisation, ."Nous ne pouvons tolérer les propos d'un ministre qui banalisent le fascisme et participent ainsi à la confusion idéologique ambiante", écrivent les signataires, parmi lesquels figurent Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon.

Mais parmi les anciens dirigeants, certains peinent toutefois à soutenir pleinement le mouvement. Bruno Julliard, à la tête de l'Unef entre 2005 et 2007, a certes dénoncé une polémique liée à une "instrumentalisation politique qui est scandaleuse". Mais en précisant qu'il "ne partage pas" la volonté de la nouvelle direction de l'Unef "d'aborder la lutte contre les discriminations par un repli identitaire".

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