Marche contre l'islamophobie : "Il ne s'agit pas d'interdire la critique des religions", indique l'ancien directeur du CCIF

Selon Marwan Muhammad, l'ancien directeur du Collectif contre l’islamophobie en France, cette marche vise à "démontrer qu'aujourd'hui dans la société française il y a des discours et des actes qui visent nos concitoyens musulmans en raison de leur appartenance religieuse."

Marche contre l\'islamophobie Gare du Nord à Paris, le 10 novembre 2019.
Marche contre l'islamophobie Gare du Nord à Paris, le 10 novembre 2019. (CHRISTOPHE PETIT TESSON / EPA)

Des milliers de personnes manifestent dans plusieurs villes de France dimanche 10 novembre contre l'islamophobie, principalement à Paris. Un rassemblement controversé, qui divise la classe politique. "Il ne s'agit pas d'interdire la critique des religions", a assuré sur franceinfo Marwan Muhammad, ancien directeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), "mais de démontrer qu'aujourd'hui dans la société française il y a des discours et des actes qui visent nos concitoyens musulmans en raison de leur appartenance religieuse". Il appelle à un "plan national de lutte contre l'islamophobie".

franceinfo : Pourquoi manifestez-vous aujourd'hui ?

Marwan Muhammad : C'est un moment historique pour nous, c'est la première marche nationale contre l'islamophobie. Il ne s'agit pas d'interdire la critique des religions ou le blasphème, mais de démontrer qu'aujourd'hui dans la société française il y a des discours et des actes qui visent nos concitoyens musulmans en raison de leur appartenance religieuse et c'est pour cela qu'on marche aujourd'hui. C'est un moment de rassemblement, de fraternité, où il y a des dizaines de milliers de personnes réunies pour adresser ce message de la manière la plus positive et la plus claire qui soit.

Certains politiques critiquent le terme d'islamophobie, en disant que c'est un mot utilisé par les islamistes pour empêcher toute critique de l'islam. Que répondez-vous ?

On a été très précis dans la qualification de l'islamophobie : ce sont des actes illégaux, qui visent des gens en raison de leur appartenance réelle ou supposée à la religion musulmane. Donc il ne s'agit pas d'interdire les critiques du religieux, d'ailleurs il y a à longueur de journée, sur les écrans, de la critique de l'islam, et ça c'est complètement libre et ça doit le rester. Mais il y a des gens qui, pour disqualifier la lutte, ont disqualifié le mot, c'est pour cela qu'il faut s'attacher à le clarifier, pour qu'on s'attaque au phénomène plutôt que l'on jette des anathèmes sur les uns et les autres pour essayer de faire diversion.

Que pensez-vous du fait que la classe politique se soit emparée du débat autour de l'islam ?

Les musulmans sont devenus des objets médiatiques, et ils sont dépossédés de leur parole. Ils sont absents du débat et des questions qui les concernent. Quand on voit le nombre de plateaux télévisés et radiophoniques où on parle de la question de l'islam et des musulmans sans un musulman à l'antenne, c'est quelque chose qui les dépossède de leur parole et qui les déshumanise. Il est temps que l'on se dote, en bonne intelligence avec les autorités, les ONG et les associations de défense des droits humains, d'un plan national de lutte contre l'islamophobie, pour qu'on puisse dépasser les discours et les anathèmes, et lutter contre cette forme de racisme bien réelle dans notre société, pour qu'enfin on puisse rétablir le vivre ensemble en France.