Marche contre l'islamophobie : le Collectif contre l’islamophobie en France face aux critiques

Souvent cible de critiques, soupçonné par certains d'être proche des milieux musulmans les plus conservateurs, le CCIF déplore qu'on lui accole "un certain nombre de mots". 

Rassemblement contre l\'islamophobie à Toulouse, le 27 octobre 2019. 
Rassemblement contre l'islamophobie à Toulouse, le 27 octobre 2019.  (XAVIER DE FENOYL / MAXPPP)

La "marche contre l’islamophobie" doit s'élancer à 13 heures dimanche 10 novembre de la Gare du Nord à Paris pour rejoindre la Place de la Nation vers 16 heures. Elle fait suite à l'appel lancé par un élu municipal de Saint-Denis, Madjid Messaoudene, et par plusieurs organisations, dont le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), l'Unef, mais aussi le Comité Adama ou encore le NPA. Une marche à laquelle ne participeront finalement pas plusieurs personnalités de gauche en raison notamment de la présence du CCIF. Le Collectif contre l’islamophobie en France fait en effet  l'objet de nombreuses critiques. Il est même accusé par certains de liens avec les Frères musulmans. 

"À aucun moment, ils ne sont arrivés à démontrer l'exactitude de ces affirmations"

Fondé en 2000, le Collectif contre l’islamophobie en France se définit, dans son manifeste, comme une association apolitique et areligieuse : "Nous œuvrons au quotidien pour que la liberté, l’égalité et la fraternité soient aussi une réalité pour les millions de Français musulmans", expliquent ses fondateurs, toujours dans ce manifeste accessible sur leur site internet. Et pourtant, le CCIF est la cible de violentes attaques, certains n’hésitant pas à parler d’accointances avec les milieux islamistes, voire de noyautage par une certaine frange de l’islam le plus dur.

Des mensonges selon Mariem Sabil, responsable juridique du collectif. "On nous accole un certain nombre de mots comme 'appartenance aux Frères musulmans', qu'on serait là pour un islam politique. Mais à aucun moment, ils ne sont arrivés à démontrer l'exactitude de ces affirmations en quinze ans de travail de terrain. Donc, soit c'est pour discréditer une cause, soit c'est pour discréditer les victimes que nous accompagnons. Mais dans tous les cas, on continuera notre travail", affirme-t-t-il.

"Il y a une certaine conception de l'islam"

Pour Vincent Geisser, chargé de recherches au CNRS et spécialiste de l’islam, ce qu’on attaque surtout, c’est la vision défendue au sein du CCIF. Une vision plutôt conservatrice. "C'est sûr que parmi les membres fondateurs et ceux qui ont pu être porte-paroles, il y a une certaine conception de l'islam que l'on peut qualifier de conservatrice ou de plus conservatrice que d'autres courants de l'islam, explique le chercheur. Et de souligner que "dans d'autres formes de religiosité qui s'expriment dans l'espace public, ces tendances conservatrices existent. Je tiens quand même à rappeler que les rassemblements contre le mariage pour tous ont rassemblé plusieurs millions de Français."

Encore faut-il choisir avec qui on manifeste. "Parfois on défend des causes justes par des moyens qui desservent la dite cause", explique Ghaleb Bencheikh, le président de la Fondation de l'islam de France. "Ceux qui se trouvent dans les rangs des manifestants peuvent poser problème lorsqu'il y a quelques imams incultes, ignares, tenant un discours ou un prêche non conforme avec les valeurs de progrès, les valeurs universelles, les valeurs humanistes", explique-t-il. Des valeurs républicaines que le CCIF jure partager et défendre. Ses membres entendent le montrer dans la rue dimanche lors de cette marche contre l’islamophobie, lors de laquelle ils espèrent rassembler le plus de monde possible.

Le reportage de Matthieu Mondoloni.
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