Sommet sur la pédophilie : le pape et l'Eglise ont "raté le rendez-vous avec leur conscience"

Alors que le sommet historique sur la pédophilie dans l'Eglise se termine dimanche, François Devaux, le président de l'association La parole liberée, invité de franceinfo, estime que rien de concret n'est sorti de ces quatre jours de discussions.

François Devaux, président de l\'association La parole libérée, à Rome le 20 février 2019
François Devaux, président de l'association La parole libérée, à Rome le 20 février 2019 (VINCENZO PINTO / AFP)

Alors que les victimes, leurs familles et les associations qui les défendent demandaient des actions concrètes à la sortie de cette conférence historique sur la pédophilie dans l'Eglise, François Devaux exprime sur franceinfo sa grande déception, dimanche 24 février, jour de clôture du sommet, au Vatican. "On peut tous constater l’absence de réelle volonté de remettre de l’ordre dans cette institution, qui vraisemblablement est partie dans une dérive très sérieuse, regrette le président de l'association La parole libérée, qui s'occupe des anciens du groupe scout Saint-Luc, victimes d'agissements pédophiles du Père Preynat. "Le pape et l’Eglise avaient rendez-vous avec leur conscience et je crois qu’ils viennent de rater le rendez-vous, devant l’humanité toute entière."

Franceinfo : La comparaison du pape François entre les sacrifices dans les rites païens et ce qu’il se passe dans l’Eglise vous choque-t-elle ?

François Devaux : Je n’en suis plus à ça près. Quatre jours de travail pour accoucher d’aussi peu de concret, tout ça pour dire ce qu’on sait déjà depuis 20 ans c’est quand même assez incroyable. Je crois que le pape et l’Eglise avaient rendez-vous avec leur conscience et je crois qu’ils viennent de rater le rendez-vous, devant l’humanité toute entière. Je crois que ça aura des conséquences désastreuses.

Qu’attendiez-vous alors plus précisément, parce qu’il y a eu quelques pistes avancées comme remonter la minorité sexuelle, laisser la justice aller jusqu’au bout des choses ?

Il y a ce qu’il faut faire pour demain et il y a ce qu’il faut faire tout de suite. Il y a eu un rapport de l’ONU en 2014. Il y a eu une commission que le pape a lui-même nommée, qui a fait des propositions qu’il n’a pas commentées. Il y a eu des enquêtes étatiques. Il y a eu des aveux d’archevêques qui ont reconnu avoir menti et avoir protégé, déplacé et promu des pédophiles. On a aujourd’hui beaucoup d’éléments, il y a des enquêtes en Pennsylvanie, en Allemagne, en Australie, en France. Il y a quand même suffisamment de matière aujourd’hui pour prendre les décisions qui s’imposent. Ces décisions aujourd’hui il n’y en a qu’un qui peut les prendre : c’est le pape.

Vous déplorez l'attitude du pape lui-même ?

Le pape a fait ce sommet. Ce qui est une première mondiale. Il a convoqué des victimes préalablement à ce sommet, nous y avons participé. Le pape n’était pas là à cette rencontre. C’est encore une façon de ne pas se confronter à la réalité et de ne pas avoir à répondre aux questions qui dérangent. Le pape a promis de mettre en place un tribunal pour juger les évêques négligents. Deux ans et demi après, il n’y a toujours rien. On prône une tolérance zéro, on fait des commissions, des sommets et en fait concrètement il ne se passe rien. La différence c’est qu’aujourd’hui l’humanité tout entière est consciente de cela. On peut tous constater l’absence de réelle volonté de remettre de l’ordre dans cette institution, qui vraisemblablement est partie dans une dérive très sérieuse.