"Pour moi, c’était important de rompre le silence" : Abusée sexuellement à l’âge de 8 ans, la victime d'un prêtre allemand témoigne

En Allemagne, Astrid Meyer a été violée à l'âge de 8 ans par un prêtre encore en activité aujourd'hui. Alors que l'Eglise catholique allemande a officiellement présenté ses excuses, mardi 25 septembre, elle témoigne pour la première fois en français, pour franceinfo.

Réunie jusqu\'à vendredi à Fulda, la conférence épiscopale allemande doit présenter un lourd rapport commandé par l\'Eglise il y a quatre ans et qui identifie plus de 3 600 victimes sur la période 1946-2014. 
Réunie jusqu'à vendredi à Fulda, la conférence épiscopale allemande doit présenter un lourd rapport commandé par l'Eglise il y a quatre ans et qui identifie plus de 3 600 victimes sur la période 1946-2014.  (ARNE DEDERT / DPA)

Astrid Meyer vit près de la frontière française, dans le diocèse de Stuttgart. Elle est l’une des nombreuses victimes des abus sexuels d’un curé allemand. L'Eglise catholique allemande, elle, a fait son mea culpa, mardi 25 septembre et présenté officiellement ses excuses, après la publication d'un rapport accablant relatant des abus sexuels par des membres du clergé sur plus de 3 600 mineurs durant des décennies.

Abusée à l'âge de 8 ans

Astrid Meyer avait 8 ans lorsqu’elle a été abusée, et préparait sa première communion. Lundi, elle a livré à franceinfo son témoignage enregistré depuis son ordinateur, pour la première fois en français. "Pour moi c’était important de rompre le silence, explique-t-elle. Ce silence, on le demande aux victimes et il est extrêmement nocif. Il est le garant de l’impunité pour les abuseurs. Parce que cette institution ne veut absolument pas se faire critiquer. Protéger l’institution, c’est ce qu’il y a de plus important."

>> Ecoutez l'intégralité du témoignage d'Astrid Meyer :

Abus sexuels commis par des ecclésiastiques allemands : une victime témoigne
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En 2005, Astrid se tourne vers les commissions discrètement mises en place par l’Eglise. "Le résultat a été désastreux pour moi, explique-t-elle. On m’a demandé des preuves, on m’a dit que j’avais probablement inventé ça dans le cadre d’une psychothérapie."

On m’a dit que le curé niait et qu’il ne s’était donc rien passé. Et que de toute façon, il ne pouvait pas s’être passé quoi que ce soit et qu’il fallait donc que je retire ma plainte.Astrid Meyerà franceinfo

Cinq ans plus tard, en 2010, les premières révélations d’abus font la une des journaux Outre-Rhin. Il devient alors plus difficile pour l’Eglise de nier les faits. Cette dernière a bien présenté plusieurs fois ses excuses aux victimes, outre la diffusion d’un rapport chiffré sur les abus commis. Mais pour les associations de victimes, ou pour la vie d’Astrid Meyer, ce n’est pas suffisant. "L’Eglise n’est pas du tout prête à prendre ses responsabilités, dénonce-t-elle. On n’a jamais eu les noms des abuseurs, ni ceux dans la hiérarchie qui ont couvert les abuseurs. Tout cela doit être révélé."

Il ne suffit pas d’avoir quelques nombres, en plus falsifiés car les archives n’ont pas vraiment été ouvertes. Il faut aussi nommer les responsables.Astrid Meyerà franceinfo

Après la médiatisation de son affaire en Allemagne, l’Eglise lui a proposé quelques milliers d’euros d’indemnisation. "Ce n’est pas en traitant les victimes de cette manière que quoi que ce soit va changer", estime Astrid Meyer. Le curé qui l'a violée quand elle était enfant, lui, est toujours en place.