"Ce n’est que la partie immergée de l’iceberg": l'Eglise allemande en repentir après le scandale des abus sexuels commis sur des mineurs

Un rapport allemand qui couvre une période allant de 1946 à 2014 fait état de milliers d'abus sexuels sur des mineurs commis par des religieux et passés sous silence pendant des décennies.

La cathédrale de Berlin, le 23 avril 2015.
La cathédrale de Berlin, le 23 avril 2015. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

L’Eglise catholique allemande, en repentir, évoque "une page sombre de son histoire" et réagit dans un communiqué : "Nous sommes accablés et honteux. Conscients de l’ampleur des abus sexuels." Dans ce rapport, fruit d'une enquête menée pendant plus de trois ans par des universitaires à la demande de la conférence des évêques d'Allemagne, qui couvre une période allant de 1946 à 2014, est fait état de 3 677 enfants, en majorité des garçons âgés de moins de 13 ans victimes d'abus sexuels commis par 1 670 religieux, prêtres et diacres, et passés sous silence pendant près de 70 ans.

L’Eglise a manipulé de nombreux documents

Des chiffres sans doute en deçà de la vérité car l’équipe de chercheurs, qui a pourtant travaillé à la demande de l’Eglise qui a souhaité faire la transparence, a rencontré beaucoup d’entraves. L’Eglise, écrivent-ils, a "détruit ou manipulé" de nombreux documents, et a "minimisé" sciemment la gravité et l’ampleur des faits. "Ce qu’on voit ici c’est la partie émergée de l’iceberg, seulement le début d’un scandale plus grand, explique Christian Weisner, catholique réformateur, du mouvement Nous sommes l’Eglise. Malheureusement, c’est la même chose partout et c’est vraiment un dommage général pour l’Eglise catholique romaine."

Les premières révélations remontent à 2010

Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne est éclaboussée par un scandale de pédophilie au sein de l’église catholique. Les premières révélations d’abus sexuels en Allemagne remontent à 2010. L’enquête, elle, s’étend jusqu’en 2014, et démontre que l’Eglise catholique n’a pas pu empêcher ces actes de se poursuivre y compris après le premier scandale. C’était à Berlin, dans l’une des écoles les plus prestigieuses, un collège jésuite. Son directeur craque et évoque plus de 600 élèves victimes d’abus sexuels sur plusieurs décennies. Parmi eux, Matthias Katsch, désormais porte-parole d’une association de victimes. "C’est effrayant qu’il ait fallu autant de temps pour pouvoir enfin présenter ces chiffres…", déplore-t-il. 

Ce rapport préconise l’abandon du célibat pour les prêtres, de ne pas non plus interdire aux hommes homosexuels d’exercer un ministère. La presse allemande et notamment l’hebdomadaire Die Zeit qui avec Der Spiegel a révélé le contenu de ce rapport suggère également aux autorités catholiques de lire l’intégralité de ce document.