Pédocriminalité : "Le viol des enfants est une forme de pouvoir sur le corps de l'autre", souligne le juge des enfants Édouard Durand

La publication du rapport Sauvé sur les violences sexuelles au sein de l'Église peut servir de "déclencheur", a estimé sur franceinfo ce mercredi, Édouard Durand, juge des enfants et coprésident de la CIIVISE. 

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Radio France
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Édouard Durand, juge des enfants et coprésident de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) était l'invité de franceinfo, le 6 octobre 2021.  (PIERRE HECKLER / MAXPPP)

"Le viol des enfants n'est pas une forme de virilité, c'est une forme de pouvoir", a souligné sur franceinfo mercredi 6 octobre, Édouard Durand, juge des enfants et coprésident de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE). "Le pouvoir passe aussi par le sexuel, ajoute-t-il. C'est donc surtout, le rapport au pouvoir, et au pouvoir sur le corps de l'autre, qui doit être remis en question pour mieux protéger nos enfants."

Selon l'enquête de l'Inserm, 5,5 millions de personnes majeures aujourd'hui, ont été confrontées à des violences sexuelles quand elles étaient mineures, et 95% des agresseurs sont des hommes. 1,2% des personnes ayant fréquenté une institution catholique en ont été victimes dans leur jeunesse, ce qui fait de l'Église, l'institution où le risque de violences sexuelles sur mineurs est le plus fort.

franceinfo : Est-ce que ces chiffres doivent nous interroger sur la question de la sexualité dans le débat public ?

Édouard Durand : Notre manière de traiter ces violences et de contrôler les agresseurs dit quelque chose sur notre représentation de la famille, de l'homme et de la virilité. C'est pourquoi, il est indispensable de proposer à notre jeunesse, des modèles positifs de la virilité. Et il est essentiel de rappeler que le viol des enfants, n'est pas une forme de virilité, mais c'est une forme de pouvoir. Car le pouvoir passe aussi par le sexuel. C'est donc surtout, le rapport au pouvoir, et au pouvoir sur le corps de l'autre, qui doit être remis en question pour mieux protéger nos enfants.

Ces chiffres peuvent-ils servir de déclencheur ?

La réponse est oui. Et il est évident que le déni traverse toute la société, car chaque groupe, comme l'Église de France, tend à se protéger de la violence et des agresseurs par le déni. Mais aujourd'hui, la société est obligée de voir, et obligée de se tenir responsable de la protection de ses enfants. Il y a deux choses qu'il ne faut pas dissocier. La première, c'est la conscience de l'ampleur des violences sexuelles en France, dans tous les milieux de vie. La seconde, c'est l'extrême gravité de ces violences sexuelles. Pour mobiliser la société, il est essentiel d'avoir à l'esprit l'ampleur statistique mais aussi de connaître la gravité des actes grâce aux témoignages des victimes.

Est-ce qu'il existe des similitudes entre les agressions au sein de l'Église, et celle dans la société ?

Le point commun, c'est le mécanisme des violences et la stratégie des agresseurs. Et dans la stratégie des agresseurs, qui a pour but de s'assurer l'impunité, il y a toujours une volonté d'inverser la culpabilité, d'imposer le silence et d'obtenir des alliés. Et ce, quelle que soit l'institution, quel que soit le milieu, quel que soit le groupe humain, y compris dans la famille. Et c'est pourquoi, il y a un silence qui contamine l'enfant lui-même.

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