Pédocriminalité dans l'Eglise : une "journée noire" pour les fidèles, à la sortie de la messe à Lyon

Ce mardi à la messe, le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise est présent dans toutes les têtes. Les fidèles espèrent désormais que les choses vont changer.

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Radio France
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Une cérémonie de repentance a été célébrée le 14 mars 2021, en la cathédrale de Luçon en Vendée, pour demander pardon à 65 victimes d'actes de pédophilie. (Photo d'illustration) (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

Ce sont quelques mots, prononcés à la basilique de Fourvière, lors de la messe de ce mardi 5 octobre : une intention de prière pour "les victimes de l'Eglise", dit le prêtre. Et ce chiffre révélé par le rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase), auquel les fidèles réagissent : 216 000 victimes, agressées par des membres du clergé alors qu'elles étaient mineures, depuis les années 50 et plus de 330 000 victimes, si on ajoute les laïcs. Selon le rapport, il s'agit d'une évaluation minimale et Sylviane, une fidèle, n'en doute pas : "Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont pas pu témoigner, tout simplement, et qui n'ont pas osé. Ou qui ont disparu, aussi. J'en connais personnellement. Je pense que c'est sous-estimé, franchement."

>> Pédocriminalité dans l'Eglise : ce qu'il faut retenir du rapport de la commission Sauvé, qui livre un état des lieux accablant pour l'institution

"C'est une journée noire", commente Pierre qui, chaque matin, prie ici à Fourvière. En tant que Lyonnais, il a connu la déflagration sur son église dès 2015 avec l'affaire Preynat-Barbarin. Une affaire marquante puisque c'est à partir de là, en 2015-2016, que – selon le rapport de la Ciase – l'Eglise catholique a pris conscience du problème. "On perce l'abcès, donc ça fait mal. Après, quand l'abcès est percé, ça va mieux. Il y a une voie de guérison qui est ouverte. D'abord pour les victimes et pour qu'ensuite, l'Eglise ne soit plus atteinte par ce fléau." 

"Est-ce que c'est systémique ? Oui. C'est le célibat des prêtres, évidemment. Je pense que c'est ce qui vient à l'esprit de tout le monde"

Hélène, une fidèle

à franceinfo

Que faire maintenant ? Se poser la question de la formation des prêtres ? De la place des laïcs ? Pour Hélène, c'est l'avenir qui compte : "Maintenant, les choses évoluent espérons-le, la parole se libère. Moi, je pense qu'il faut surtout voir l'avenir et faire en sorte que ça ne se soit plus. Mais c'est bien de faire ça – d'autant que l'initiative vient de l'Eglise – et dire qu'on ne nie pas, qu'on on ne met plus un voile puisque c'est ce qu'on a reproché, notamment à Mgr Barbarin."  

"C'est crucifiant", ose le recteur de la basilique de Fourvière, le père Yves Guerpillon, en référence aux souffrances des victimes et de l'institution. Une institution remise en cause, forcément : "Là, on est dans l'instant, dans l'émotion. Mais il y a un travail très important à faire, de remise en cause, de réforme de la gouvernance. Il y a une sensibilisation et une formation des personnes qui est essentielle. Je peux vous dire que j'ai formé mes équipes dans ce sens-là pour que dès qu'il y a un soupçon, ce ne soit plus l'Église en interne qui gère la chose. On avertit le procureur directement. J'ose espérer qu'un 'plus jamais ça' est possible."

L'Eglise a-t-elle fait assez jusqu'ici ? Non, dit la Ciase. Les mesures prises ont été souvent tardives et inégalement appliquées. Selon ce rapport, accablant, elles sont globalement insuffisantes.

Le reportage de Mathilde Imberty est à écouter ici.
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