Pédocriminalité dans l'Église : un prêtre, condamné en 2007, a célébré une messe à la télévision fin octobre

Alors que la conférence des évêques de France a reconnu vendredi la "responsabilité institutionnelle" de l'Église des actes de pédocriminalité commis en son sein, on apprend qu'un prêtre condamné a célébré la messe sur France 2 fin octobre.

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Radio France
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Photo postée sur la page Facebook de la paroisse d'Asnières-sur-Seine pour annoncer la messe du 24 octobre 2021. (CAPTURE D'ECRAN)

Un prêtre condamné pour des faits de pédocriminalité a célébré la messe dominicale sur France 2 le 24 octobre, a appris franceinfo vendredi 5 novembre, confirmant des informations du journal Libération. Il faisait partie des trois prêtres ayant officié pour cette messe à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et il a été condamné à dix mois de prison avec sursis en 2007, à Nancy, pour "atteinte sexuelle sur mineur de moins de 15 ans". Cette révélation intervient dans le contexte de la conférence des évêques consacrée à la reconnaissance et à la réparation des dizaines de milliers d’actes pédophiles commis par des religieux. Un mois après la publication du rapport Sauvé, la Conférence des évêques de France a reconnu vendredi "la responsabilité institutionnelle" de l'Église par rapport aux actes de pédocriminalité commis en son sein et la "dimension systémique" de ces violences.  

Une intention de prière pour "les personnes abusées"

Lors de la messe qu'il a cocélébrée pour l'émission Le jour du Seigneur du 24 octobre, ce prêtre a été chargé de la prière eucharistique, c'est-à-dire la partie la plus importante de la cérémonie, durant laquelle on consacre les hosties et le vin. Il a également lu une intention de prière pour les victimes de violences sexuelles dans l'Église. Il a alors demandé à Dieu d'écouter "les prières de [son] peuple assemblé devant [lui], en particulier pour les personnes abusées dans l’Église et ailleurs".

A Nancy, les paroissiens qui ont regardé cette messe télévisée ont été choqués. "Lorsqu'on est sur des agressions sexuelles sur mineur et que derrière, on officie en faisant la morale le dimanche matin face à des paroissiens, il y a quand même un gros problème, dénonce Olivier Savignac, victime de religieux et porte-parole de l'association Parler et revivre."L'Église doit normalement les mettre à l'écart. Qu'elle leur trouve un travail, au sein des archives diocésaines ou autres, pour les garder sous sa surveillance est très bien."

"Que ces prêtres soient toujours en fonction, avec cet aplomb et ce sentiment de supériorité par rapport aux paroissiens et aux fidèles, ce n'est pas possible."

Olivier Savignac, porte-parole de Parler et revivre

à franceinfo

L'évêque de Nanterre Matthieu Rougé a suspendu le prêtre en question : il ne peut plus célébrer la messe ni les autres sacrements. Cependant, la question des fonctions exercées par les prêtres condamnés comme celui-ci n'est pas si facile à trancher, selon Alain Christnacht, président de la Commission nationale d’expertise indépendante sur la pédophilie. "La Commission dit qu'ils ne doivent avoir aucune activité pastorale avec des mineurs et suivre des soins, explique-t-il. Ces actes sont gravissimes. Si l'Eglise veut le sortir en en faisant un laïc, pourquoi pas ? Si elle le laisse dans l'Eglise, elle s'adresse à nous : quelle activité peut-il avoir ?" 

La commission à laquelle appartient Alain Christnacht est notamment chargée d'évaluer les situations de prêtres ayant commis des actes répréhensibles et de conseiller l'Église sur le devenir des prêtres condamnés. "Célébrer la messe est quand même assez naturel pour un prêtre, poursuit-il. Si on interdisait à un prêtre de célébrer la messe pendant vingt ans, on pourrait se demander s'il peut rester prêtre." Contacté, le secrétaire général de l'épiscopat disait vendredi "comprendre que l'on puisse être choqué".

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