Pédocriminalité dans l'Eglise : "On nivelle par le bas le préjudice des victimes", estime l'ancien président de l’association "La parole libérée"

Le Fonds de solidarité et de lutte contre les agressions sexuelles sur mineurs vient de verser une indemnisation à six premières victimes de pédocriminalité dans l'Eglise, a appris franceinfo dimanche. D’autres indemnisations seront effectuées dans le courant de l’été.

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Radio France
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François Devaux, ancien président de La parole Libéré à la sortie du procès du père Preynat, le 14 janvier 2020. Photo d'illustration. (MAXIME JEGAT / MAXPPP)

Après l'annonce de l'indemnisation de six premières victimes de la pédocriminalité dans l'Eglise par l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), François Devaux, ancien président de l’association de victimes La parole libérée, dénonce "l'opacité" des commissions et un nivellement "par le bas du préjudice des victimes".

franceinfo : Connaissez-vous l'échelle réelle des indemnisations ?

François Devaux : Je ne connais rien du tout, je ne connais aucune victime qui soit au courant de comment s'organisent ces instances, c'est surprenant. L'opacité dans l'Eglise est prouvée et démontrée. Toutes les victimes que je connais se sont plaint des deux instances qui se sont montées [une pour la Conférence des évêques de France et une pour les Religieux de France].

"Il semblerait que le principe d'indemnisation soit mis en place mais je trouve étonante la façon de faire."

François Devaux, ancien président de La parole libérée

à franceinfo

Ces deux instances sont indépendantes et non rattachées à l'Eglise mais on constate qu'elles se déroulent toujours dans la même opacité. Sur le budget de 20 millions d'euros, seulement 5 millions vont correspondre à l'indemnisation des victimes. Si on divise par plusieurs centaines de victimes, ça ne fait pas lourd.

À quoi servent les 15 millions restants ?

Pour la publicité, qui est inexistante, et pour la formation. Ils ont mis en place tout un processus. Sur le fond, on sait très bien qu'on ne rachètera jamais rien avec de l'argent. On parle de crimes systémiques qui ont fait plusieurs centaines de milliers de victimes, c'est un crime de masse. Je ne sais pas si l'Eglise a l'intention de sortir de cette épopée avec encore des richesses pour lui permettre de continuer son chemin mais théologiquement, c'est un naufrage, sur le plan pur et simple du message de l'Evangile, on ne rachète pas des fautes aussi graves en nivellant par le bas le préjudice des victimes, et en mettant en place des commissions qui travaillent dans l'opacité.

L'Eglise pourra-t-elle changer un jour ?

Le Pape reste absent, il a plébiscité le cardinal Barbarin après le rapport, il n'a pas lu le rapport et n'a pas reçu Jean-Marc Sauvé. C'est la preuve que non. C'est l'histoire d'une corruption spirituelle. On défend une idéologie qu'on ne respecte pas soi-même. Quand les catholiques vont se rendre compte de ça, ils se rendront compte que c'est une tartufferie.

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