La commission Sauvé prolonge jusqu'en octobre son appel à témoignages sur les abus sexuels dans l'Eglise

La crise sanitaire a perturbé les travaux de cette commission indépendante sur les faits de pédocriminalité commis par le clergé depuis les années 1950. Les témoignages seront donc recueillis jusqu'au 31 octobre prochain. Par ailleurs, le président Jean-Marc Sauvé annonce également le lancement de travaux sur les auteurs des abus.

Une personne se recueille avant une messe dédiée aux victimes du père Preynat, le 7 novembre 2016 en l\'église Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône).
Une personne se recueille avant une messe dédiée aux victimes du père Preynat, le 7 novembre 2016 en l'église Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône). (JEFF PACHOUD / AFP)

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) a décidé de prolonger de cinq mois son appel à témoignages, en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19. Les victimes éventuelles ont donc jusqu'au 31 octobre pour signaler des faits. Créée en 2018 par l'épiscopat catholique, cette commission a pour vocation d'enquêter sur les faits de pédocriminalité commis par le clergé depuis les années 1950. En juin 2019, elle avait lancé un appel à témoignages auprès des victimes, qui devait initialement expirer le 2 juin prochain avant cette prolongation de cinq mois.

En effet, plusieurs activités ont été suspendues en raison de l'épidémie, comme les auditions de victimes en régions. Elles vont reprendre progressivement, tout comme les réunions publiques qui n'ont pu se tenir à Lyon, Dijon, Aix-en-Provence, Rouen et Bastia (ces dernières seront numériques). Ces activités et déplacements générant des flux d'appels vers la plateforme, "il est nécessaire qu'elle soit toujours en capacité de recevoir des appels téléphoniques", a expliqué Jean-Marc Sauvé.

Par ailleurs, "les multiples effets de cette crise remettent en question le calendrier d'achèvement des travaux", initialement prévus au premier semestre 2021. "Notre rapport sera remis un peu plus tard que prévu, fin septembre ou début octobre 2021", a-t-il précisé. "Nous avons la très ferme intention de ne pas dériver plus."

Un travail également lancé sur les auteurs des faits

Les travaux de cette commission indépendante sont essentiellement axés sur les victimes, mais celle-ci a va également lancer une recherche sur les auteurs de pédocriminalité, a précisé son président Jean-Marc Sauvé, jeudi 21 mai. Celui-ci veut notamment connaître leur trajectoire, que ce soit lors de "leur entrée dans l'église" ou de "leur formation", afin de comprendre "ce qui s'est passé et la manière dont ils ont vécu leur propre relation avec l'Eglise, parfois leur exclusion". Dans cette optique, un échantillon d'auteurs est en cours d'élaboration.

Il n'est pas possible de clôturer notre travail sans avoir engagé une réflexion sur ce qui a conduit, facilité, ou pas, les abus sexuels, vu du côté des auteurs des abus.Jean-Marc Sauvé, président de la Ciaseà l'AFP

Selon les chiffres arrêtés au 31 janvier, la Ciase avait reçu 4 500 appels. La majorité des victimes étaient des hommes (62,7 %) dont 80% sont aujourd'hui âgés de plus de 50 ans. Au moment des faits évoqués, les victimes étaient âgées de 6 à 10 ans dans 32% des cas et de 11 à 15 ans dans 35,3% des cas. Les faits collectés par le Ciase ont été commis entre 1950 et 1970 dans 59% des signalements. Pour un tiers, en établissements scolaires (pensionnats), puis au catéchisme ou dans les aumôneries (20%). Les auteurs sont des hommes dans 98% des cas.

Les victimes ou témoins peuvent utiliser contacter ce numéro de téléphone mis en place en partenariat avec la fédération France Victimes : 01 80 52 33 55. Une adresse mail est également disponible. Tous les renseignements sont disponibles sur le site de la Ciase.