Démission du cardinal Barbarin : "C'est au pape de prendre cette décision et pas à Pierre Vignon de prendre les risques qu'il prend"

Le père Pierre Vignon, prêtre de Valence dans la Drôme, a lancé une pétition pour demander la démission du cardinal Barbarin, poursuivi pour non-dénonciation d'agressions sexuelles.

Le cardinal Barbarin, ici en janvier 2018.
Le cardinal Barbarin, ici en janvier 2018. (PHOTO JOEL PHILIPPON / MAXPPP)

"Si l'Église ne réagit pas face au tsunami qu'elle est en train de vivre, ceux qui porteront la responsabilité de l'effondrement de l'institution sont ceux qui aujourd'hui ne prennent pas position et n'agissent pas", a déclaré mercredi 22 août sur franceinfo François Devaux, président de l'association "La parole libérée" (association d'aide aux scouts victimes d'actes de pédophilie). Il réagit à la pétition lancée par le père Pierre Vignon, un prêtre de Valence (Drôme), pour demander la démission du cardinal Barbarin, poursuivi pour non-dénonciation d'agressions sexuelles.

"C'est au pape de prendre cette décision et aucunement à Pierre Vignon de prendre les risques qu'il prend aujourd'hui", a poursuivi François Devaux avant d'ajouter : "On ne parle pas de malversations financières mais d'enfants violés [...] Le pape François est parfaitement au courant de la situation." Et le président de l'association de déplorer : "Comme à chaque fois, l'Église reste dans son autocratie et n'écoute pas ce qu'on lui dit."

franceinfo : Lundi, en plein scandale de pédophilie en Pennsylvanie (États-Unis) où une enquête du procureur a mis au jour des abus sexuels perpétrés par plus de 300 prêtres sur au moins mille enfants, le pape a adressé une lettre inédite aux catholiques. Est-ce que vous considérez qu'après cette lettre, il serait logique qu'il suggère la démission du cardinal Barbarin ?

François DevauxOui, c'est attendu de longue date. C'est une institution hiérarchique par définition et à chaque fois qu'on pose une question on nous dit que c'est le pape seul qui peut prendre une décision. Quand on écrit au pape et au Vatican, on n'a pas de réponse. C'est à lui aujourd'hui de prendre cette décision et aucunement à Pierre Vignon de prendre les risques qu'il prend aujourd'hui. Il se fait attaquer depuis cette pétition, y compris en interne par ses responsables directs. Ce n'est également aucunement à nous de prendre ces risques pour nos situations personnelles pour une prise de conscience sociétale sur la gravité d'un fléau. On parle de viols de mineurs et tout ça au sein d'une institution. À chaque fois qu'il y a eu une enquête nationale qui a été faite, on a révélé des faits d'une ampleur massive.

Est-ce que vous avez l'impression qu'avec cette lettre très solennelle, les choses vont changer ?

C'est toujours des paroles. À chaque fois que le pape est pris à son propre jeu, il a l'habitude de ne pas agir. Au Chili, c'est bien son attitude qui a impliqué une réaction et il s'est trouvé pris dans un engrenage où il a été contraint de recevoir les victimes, puis les évêques. Ensuite, il y a une succession d'événements sur lesquels il a été contraint d'agir face à la réaction de l'opinion publique. Là, en 2018, on ne parle pas de malversations financières mais d'enfants violés. En Pennsylvanie, on parle de gamins de 18 mois qui ont subi des agressions sexuelles et tout ça dans une ampleur massive : tous les pays où l'Église est implantée sont concernés par des faits d'agressions sexuelles.

Le pape François est parfaitement au courant de la situation, c'est lui-même qui a nommé la commission vaticane de protection des mineurs, c'est dire si cet homme est au courant. Avant d'être pape, cet homme était évêque et avant d'être évêque il était prêtre. Tout le monde est au courant des problèmes de pédophilie au sein de l'Eglise. Aujourd'hui on lui demande d'agir et on n'a rien. Toutes les victimes ont claqué la porte de la commission vaticane de la protection des mineurs. Tous sont partis. Il ont travaillé pendant trois ans, ils ont remis un rapport, le pape n'a même pas commenté le rapport et les propositions, notamment la levée du secret pontifical etc. Donc il n'y a aucun voyant au vert en matière de protection des mineurs, tout le monde le dit. Si l'Église ne réagit pas face au tsunami qu'elle est en train de vivre, ceux qui porteront la responsabilité de l'effondrement de l'institution sont ceux qui aujourd'hui ne prennent pas position et n'agissent pas.

Pour en revenir à la situation en France, l'Église catholique dit que désormais les victimes sont mieux entendues et qu'une cellule d'écoute a été mise en place, ça ne vous satisfait pas ?

On a fait un testing. On a remis un rapport, et Dieu sait si on a eu du mal à le remettre et à se faire entendre. On a été reçus, c'était en janvier et depuis rien ne s'est passé sur les propositions qui ont été faites. Pourtant, ils ont acquiescé à toutes ces propositions : sur l'indemnisation des victimes, sur la nécessité de les informer au niveau du droit canon etc. Ce testing qu'on a fait, je ne dis pas qu'il est parfait mais en tout cas il met en évidence des vérités qui refusent d'être vues et entendues. Comme à chaque fois, l'Église reste dans son autocratie et n'écoute pas ce qu'on lui dit.