Pakistan : six mois après son acquittement, la chrétienne Asia Bibi a quitté le pays pour le Canada

Asia Bibi avait été condamnée à mort pour blasphème envers la religion musulmane en 2010. Elle a été acquittée en octobre, après huit ans dans les couloirs de la mort. 

Un portrait de la chrétienne Asia Bibi, lors d\'une manifestation contre sa condamnation à mort, le 29 octobre 2014 à Paris. 
Un portrait de la chrétienne Asia Bibi, lors d'une manifestation contre sa condamnation à mort, le 29 octobre 2014 à Paris.  (MARTIN BUREAU / AFP)

Le départ, six mois après l'acquittement. La chrétienne pakistanaise Asia Bibi, 47 ans, a quitté le Pakistan et a "retrouvé" sa famille au Canada, mercredi 8 mai, six mois après avoir été acquittée d'une condamnation à mort pour blasphème qui avait suscité l'indignation à l'étranger. "Elle est au Canada", où elle a retrouvé ses deux filles, a assuré à l'AFP une source dans le pays, qui a requis l'anonymat.

Asia Bibi a été condamnée à mort pour blasphème en 2010, après avoir été accusée par deux villageoises musulmanes avec qui elle travaillait d'avoir "insulté" le prophète Mahomet pendant une querelle autour d'un verre d'eau. Le 29 janvier dernier, la Cour suprême du Pakistan a confirmé son acquittement prononcé en octobre, lui permettant d'être libre et de quitter son pays. Cette ouvrière agricole a passé huit ans dans les couloirs de la mort. 

Mercredi, une source gouvernementale pakistanaise, également sous couvert d'anonymat, a elle aussi confirmé à l'AFP que la chrétienne avait "quitté le Pakistan de son plein gré". Plusieurs sources sécuritaires au Pakistan ont confirmé qu'Asia Bibi était partie au Canada.

La fin d'une "épreuve honteuse"

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, s'est félicité de cette annonce. "Les Etats-Unis saluent la nouvelle selon laquelle Asia Bibi a bien retrouvé sa famille. (...) Asia Bibi est désormais libre", a déclaré le secrétaire d'Etat américain dans un communiqué. "Je ne peux pas confirmer quoi que ce soit pour des raisons de vie privée et de sécurité", a pour sa part réagi le Premier ministre canadien, Justin Trudeau. Mi-novembre, il avait cependant déclaré être "en discussions avec le gouvernement du Pakistan" au sujet d'Asia Bibi. La ville canadienne où elle vit désormais reste donc inconnue.

Le cas d'Asia Bibi était devenu emblématique des dérives de la loi sur le blasphème au Pakistan. Selon ses détracteurs, celle-ci est souvent instrumentalisée pour régler des conflits personnels, via la diffusion de fausses accusations.

"C'est un grand soulagement que cette épreuve honteuse soit enfin arrivée à son terme et qu'Asia Bibi et sa famille soient en sécurité", a déclaré Omar Waraich, le directeur adjoint du programme Asie du Sud d'Amnesty International. "Elle n'aurait jamais dû être emprisonnée et encore moins subir les menaces constantes qui pèsent sur sa vie", a-t-il poursuivi, appelant à "abroger" la loi sur le blasphème au Pakistan. Dans le communiqué de Mike Pompeo, Washington a également "condamné de façon univoque les lois contre le blasphème partout dans le monde".

Après son acquittement, des milliers d'islamistes du groupe Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP) avaient bloqué pendant trois jours les principaux axes du pays pour exiger sa pendaison. Depuis lors, Asia Bibi était vraisemblablement gardée en résidence surveillée. Les chrétiens, qui représentent environ 2% de la population pakistanaise (très majoritairement musulmane), constituent l'une des communautés les plus déclassées du Pakistan.