Lyon : Laurent Wauquiez renonce à financer un centre culturel musulman soutenu par l'Algérie et l'Arabie saoudite

Dans une lettre envoyée au recteur de la Grande mosquée de Lyon, le 22 juin, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes estime que "l'autonomie" de l'institut pourrait être menacée par des financements étrangers.

Laurent Wauquiez prononce un discours de campagne en vue des élections régionales, le 9 décembre 2015, à Saint-Etienne (Loire).
Laurent Wauquiez prononce un discours de campagne en vue des élections régionales, le 9 décembre 2015, à Saint-Etienne (Loire). (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"On est en train de faire payer aux musulmans ce qui se passe en France et dans le monde", s'indigne le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, est revenu sur un engagement de son prédécesseur socialiste en renonçant à financer un institut culturel musulman à Lyon. Motif invoqué : des pays étrangers pourraient venir s'immiscer dans son fonctionnement futur.

"Un lien de dépendance" avec l'étranger "n'est pas souhaitable"

Dans un courrier adressé, le 22 juin, à Kamel Kabtane, le numéro deux des Républicains reconnaît que ce projet d'un Institut français de civilisation musulmane (IFCM) "s'inscrit dans la nécessité d'asseoir l'islam de France dans une République apaisée, éclairée, assise sur les valeurs qui l'ont construite et ouverte sur d'autres cultures"

"Dans le contexte trouble" de l'actualité, l'élu, arabisant de formation, rend "hommage aux positions extrêmement claires, sans aucune forme d'ambiguïté" de Kamel Kabtane, qui porte ce projet de longue date, et à son "refus de voir quelques-uns dénaturer l'islam".

Mais, fait-il valoir à son "cher Kamel", "dans cet espace de la République, fragile et précieux, nous ne pouvons considérer que viennent s'immiscer de manière significative des Etats étrangers par le biais du financement de l'IFCM". Et d'ajouter, alors que l'Algérie et l'Arabie saoudite devaient contribuer à près de la moitié du budget prévisionnel : "Il n'est pas souhaitable qu'un lien de dépendance puisse être de nature à altérer votre autonomie dans la conduite de ce projet."

Une annonce accueillie avec "amertume"

"Dans ce cadre, la région n'est pas en mesure de s'engager dans ce projet de financement", conclut Laurent Wauquiez, revenant ainsi sur un engagement de Jean-Jack Queyranne (PS) d'apporter un million d'euros, de même que l'Etat, la Ville de Lyon et la Métropole.

Cette décision a été accueillie avec "amertume" par Kamel Kabtane. D'autant, assure-t-il, que le candidat Wauquiez, en campagne, lui "avait laissé espérer" ce financement, en lui disant "tout le grand bien qu'il pensait du projet". Il dénonce une "décision politique".

Le responsable musulman n'est pas moins amer à l'égard de Jean-Jack Queyranne, qui "avait eu tout le temps" de tenir sa promesse, mais "a manqué de courage politique", selon lui.

Des travaux déjà lancés

"On mènera ce projet jusqu'au bout", assure encore Kamel Kabtane, en précisant que les travaux de ce bâtiment de 2 700 m² jouxtant la Grande mosquée, dans le 8e arrondissement de Lyon, ont débuté en mai. Il accueillera une salle d'exposition, une médiathèque et deux laboratoires de langue.

Lors du vingtième anniversaire de la Grande mosquée de Lyon, en septembre 2014, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, avait apporté son soutien au projet. "La richesse de la civilisation musulmane doit être mieux connue et mieux diffusée en France", avait-il dit.