Les catholiques sont-ils vraiment des "lapins" ?

Le pape François milite pour une "paternité responsable". Une prise de parole qui interroge le poids de la religion en matière de fécondité. 

Le pape François embrasse un enfant au Sri Lanka, le 14 janvier 2015.
Le pape François embrasse un enfant au Sri Lanka, le 14 janvier 2015. (EYEPRESS NEWS / AFP)

C’est une déclaration qui détonne. De retour de son voyage aux Philippines, lundi 19 janvier, le pape François s’est exprimé contre l’idée que les catholiques doivent avoir le maximum d’enfants possible : "Certains croient, excusez-moi du terme, que, pour être bons catholiques, ils doivent être comme des lapins." Une expression crue et inhabituelle venant de la papauté, qui prône là une "paternité responsable".

Mais la religion a-t-elle toujours un poids important en matière de fécondité ? Francetv info apporte des éléments de réponse. 

La religion a perdu de son influence

Le pape François a passé cinq jours aux Philippines. L'occasion de rappeler la position de l'Eglise sur la famille, dans un pays qui compte plus de 80% de catholiques. Selon les données de l'Institut national d'études démographiques (Ined), une Philippine donne en moyenne naissance à 2,98 enfants. Le contrôle des naissances est un enjeu pour le pays, qui compte faciliter l'accès à la contraception. 

Mais tous les pays à forte tradition religieuse n'ont pas une fécondité aussi élevée. Les pays en développement d'Amérique du Sud et d'Asie imitent le modèle occidental de la famille restreinte. "Il n'y a pas de lien direct entre religion et fécondité. Dans la religion catholique, on a longtemps dit que la fécondité ne pouvait pas baisser. Pourtant, elle a bien diminué. Même dans les pays qui comptent le plus de pratiquants. Au Mexique, la fécondité a chuté de 70% en quarante ans. C'est spectaculaire", analyse Yves Charbit (lien en PDF), démographe et coauteur de La bombe démographique en question (PUF), contacté par francetv info. 

Même constat en Europe. En France, les familles catholiques les plus pratiquantes continuent d'avoir beaucoup d'enfants (lien en PDF). Mais des pays comme l’Italie ou le Portugal, à forte tradition catholique, ont vu leur taux de natalité global s'effondrer au-dessous des 10 naissances pour 1 000 habitants. En Italie, les femmes ont en moyenne 1,58 enfant. Au Portugal, le chiffre descend à 1,31.

D’autres facteurs jouent sur la fécondité

Le recul de la religion n'est pas l'unique facteur qui peut justifier une baisse de la fécondité. Au contraire, "les gens sont toujours aussi religieux, mais d'autres facteurs peuvent avoir un impact. Les catholiques aspirent à de meilleures conditions de vie et font donc moins d'enfants. Cela passe en partie par un accès facilité aux moyens contraceptifs", ajoute Yves Charbit.

"La baisse de la mortalité infantile, la scolarisation des filles et l'urbanisation croissante jouent un rôle crucial sur le niveau de fécondité d'un pays", renchérit René Valette, professeur émérite de démographie et de géopolitique, joint par francetv info.

La déclaration du pape François semble marquer une ouverture de l'Eglise catholique sur ce plan. Pour Yves Charbit, "cela va inciter les catholiques à entendre le message d'une parentalité responsable". Une responsabilité qui pourrait se concrétiser, sur le terrain, par un usage plus évident des moyens contraceptifs.