"Est-ce qu'on va partir ou pas ?" : des fidèles peinent à organiser leur pèlerinage à La Mecque depuis la mise en place d'un nouveau système de réservation

Le Hajj (ou pèlerinage) est l'un des cinq piliers de l'islam. L'Arabie saoudite a mis en place un nouveau système de réservation, mais de nombreux croyants constatent des dysfonctionnements.
Article rédigé par franceinfo - Farida Nouar
Radio France
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Des fidèles musulmans prient autour de la Kaaba dans la cour de la grande mosquée de la Mecque, lors du pèleriage annuel, en 2014. (ASHRAF AMRA  \ APAIMAGES / MAXPPP)

C'est le voyage d'une vie pour tout croyant musulman. Le Hajj, le grand pèlerinage à La Mecque, se déroulera du 26 juin au 1er juillet. Cette année, 7 300 pèlerins français sont autorisés à accomplir leur pèlerinage, contre 9 653 en 2022. Pour accomplir ce rite, les fidèles venus du monde entier doivent cette année, passer par une plateforme unique numérique. Les agences spécialisées ne sont plus autorisées par l'Arabie saoudite à organiser ce voyage religieux. Le pays a ouvert une plateforme unique de réservation, Nusuk Hajj.

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C'est donc par ce biais que Zouina a organisé son séjour. "Au début, j'ai eu une bonne surprise. Ça ne ramait pas, le profil a été validé rapidement. C'était quand même un bon départ." Elle apporte cette précision, car les choses se sont compliquées au moment de réserver son package, une formule qui combine avion, hôtel et guide religieux. "La plateforme disait que les quotas étaient pleins alors que nous, on voyait des places disponibles. On ne comprenait pas. Quand on arrivait à valider un package, une autre page s'ouvrait, c'était une deuxième étape de validation et celle-là, on n'arrivait pas à la passer." 

"On a passé plusieurs nuits blanches, à essayer plusieurs fois."

Zouina

franceinfo

Après trois semaines "à tourner en rond", Zouina a "finalement réussi à réserver". Mais vient ensuite l'étape du virement qui met aussi à rude épreuve les nerfs des aspirants pèlerins. Car la plateforme Nusuk Hajj ne leur laisse que quelques jours pour payer ces packages très onéreux. "30 000 euros !" pour Zouina, son frère et sa belle-sœur. "J'ai couru à ma banque pour demander un virement en riyals saoudiens. On a jusqu'au 4 juin pour que le virement soit accepté. Est-ce qu'il va arriver à temps ? Je suis toujours en stress", confie-t-elle.  

Dans ce contexte, cette croyante ne parvient pas à préparer son voyage dans la sérénité qu'elle aurait souhaitée. "Là, on est à peine un mois du début et au lieu de se concentrer sur l'aspect spirituel de cette démarche, d'apprendre pour que notre rituel du Hajj soit accepté aux yeux de la religion, on est pris par le stress en se demandant : 'est-ce qu'on va partir ou pas ?'"

Coup dur pour les agences de voyage spécialisées 

Zouina regrette également la décision des autorités saoudiennes de ne plus agréer d'agences de voyage étrangères. "On va arriver à l'aéroport et ensuite, ce sera le flou puisqu'il ne nous est pas permis, depuis cette année, de faire accompagner par une agence française". Mais Zouina veut rester positive. "Hamdoulilah, comme on dit, on est aussi reconnaissant d'avoir cette chance de pouvoir partir, si on y arrive." 

Cette décision de l'Arabie saoudite d'internaliser la gestion des pèlerins européens a suscité aussi beaucoup d'incompréhension du côté des professionnels. "On est déçu parce qu'on n'arrive plus à servir le pèlerin comme avant", déclare, amer, à franceinfo un directeur d'agence de voyages, qui organisait depuis 20 ans des pèlerinages du début à la fin. Cela représente aussi pour lui un manque à gagner, mais au vu des contraintes et dysfonctionnements du nouveau système, il en est sûr : "On est incontournables, ils vont revenir vers nous."

Le reportage de Farida Nouar

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