Prisons : "Pourquoi ne pas rénover" celles qui existent, interroge la contrôleure générale des lieux de privation de liberté

Dominique Simonnot rappelle que de nombreuses prisons françaises sont en très mauvais état et que le taux d'occupation dépasse régulièrement les 100%.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 1 min.
Des détenus à la maison centrale de Saint-Maur (Indre), en février 2021 (illustration). (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

"Nos prisons sont dans un état lamentable", déplore mardi 20 avril sur franceinfo Dominique Simonnot, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, alors que Jean Castex, en déplacement sur un chantier de construction d'une nouvelle prison à Lutterbach (Haut-Rhin), doit annoncer les sites retenus dans le cadre du plan de 15 000 nouvelles places voulu par Emmanuel Macron.

franceinfo : Ces 15 000 nouvelles places de prison sont-elles nécessaires ?

Dominique Simonnot : On n'est pas capables, pour le moment, de tenir dans un état normal nos prisons. Elles sont dans un état lamentable pour beaucoup, surpeuplées, alors je ne comprends pas pourquoi on ne rénove pas ou on n'essaye pas de tenir nos prisons dans un état viable, vivable pour les détenus. Dans une prison, un détenu a attrapé la leptospirose, c'est-à-dire la maladie de l'urine de rat. On a le certificat médical du médecin et on a la réponse de la prison qui dit "par le canal interne de la prison, on met en garde les détenus et on leur explique comment faire pour échapper au pipi de rat". Il s'agit d'une prison surpeuplée à 180%, où des détenus dorment par terre sur des matelas.

Il faudrait donc rénover avant de construire de nouvelles places ?

Il faudrait rénover celles qui doivent l'être et surtout favoriser les alternatives, parce qu'elles sont beaucoup plus favorables à la réinsertion. En ce moment, à cause de la pandémie de Covid-19, les activités sont quasiment à l'arrêt. Donc, les détenus sont 23 heures sur 24 en cellule à trois, dans neuf mètres carrés. J'ai des directeurs de prison au téléphone qui me disent qu'ils ne peuvent plus pousser les murs. Je trouve ça bizarre d'annoncer des constructions plutôt que de vider celles qui peuvent l'être, à quelques semaines de leur fin de peine.

Quelle est à vos yeux la première urgence ?

On prône une régulation carcérale. L'Allemagne, par exemple, n'est pas un pays laxiste, et son taux d'enfermement est de 76,2%. Nous on est à 105,3%, c'est-à-dire au niveau de la Roumanie.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.