Vidéo Maisons de retraite privées : "La maltraitance existe" chez Orpéa "encore plus que dans les autres Ehpad", dénonce un cadre infirmier

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Laurent Garcia a travaillé huit mois dans une maison de retraite du groupe à Neuilly-sur-Seine. Il livre un témoignage glaçant.

Un livre-enquête intitulé Les Fossoyeurs paraît mercredi 26 janvier aux éditions Fayard. Trois ans d'investigations menées par Victor Castanet qui plonge dans les secrets du groupe Orpéa, leader mondial des Ehpad et des cliniques privés. Après la publication de premiers extraits dans le journal Le Monde lundi, le cours en bourse du groupe a dévissé de 16%. Parce que "la maltraitance existe" chez Orpéa "encore plus que dans les autres Ehpad", a accusé mardi 25 janvier sur franceinfo Laurent Garcia, cadre infirmier, qui a travaillé huit mois dans une maison de retraite du groupe à Neuilly-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine. Il est à l’origine de l’enquête. "Je milite haut et fort pour qu'il y ait une autorité administrative indépendante qui puisse contrôler tous les Ehpad privés et publics", martèle-t-il.

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franceinfo : Pendant votre mission, qu'est-ce qui vous a le plus choqué ?

Laurent Garcia : Les commandes de protection que l'on ne pouvait faire que le 25 du mois, sachant que le 25, il n'y en avait plus. On n'avait pas de stock. Les soignantes devaient se débrouiller comme elles le pouvaient. C'étaient des serviettes de bain. Dans l'Ehpad le plus luxueux de France !

On parle d'une maison de retraite où le loyer est de 6 500 euros par mois minimum, jusqu'à 12 000 euros. C'est bien cela ?

Oui, tout à fait. Le matin, c'était une soignante jusqu'à 9h30 sur un étage, avec 33 résidents, qui devait s'occuper jusqu'à 9h30 des levers, de l'aide au repas, au petit-déjeuner... Avec une soignante pour 33 résidents jusqu'à 9h30 du matin, la maltraitance existe encore plus que dans les autres Ehpad où l'on manque de personnel.

Comment peut-on s'occuper de 33 résidents en même temps ?

On s'en occupe mal. C'est là où est le vrai problème. Dans tous les Ehpad, à l'heure actuelle, on manque de personnel. Mais là, c'était multiplié par dix chez Orpéa, il y a très peu de CDI. On prend des vacataires qu'on jette quand on veut avec des contrats courts.

La gestion de la masse salariale était faite pour qu'elle coûte le moins cher possible ?

Évidemment. C'était intenable. La direction conseillait aux familles d'employer des dames de compagnie. Il y en avait énormément dans les couloirs. Les dames de compagnie sont des personnes que les familles payent, pas le groupe, pas la direction, pour s'occuper de leurs parents, en plus des soignants.

Durant les huit mois que vous avez passés dans cette maison de retraite, est-ce qu'il y a eu des contrôles ?

Non, aucun. Aucun !

Est-ce que des familles percevaient quelque chose ?

Oui, les familles se sont révoltées. Il y a eu des procès, il y a eu des familles qui ont gagné leur procès. Mais vous savez, les familles, elles sont inquiètes. Elles ont peur. Elles ont peur des retombées et du coup, elle n'ose pas trop. C'est le vrai problème à l'heure actuelle de ces grands groupes.

Vous avez été licencié. Est-ce qu'aujourd'hui cela continue dans cet établissement de Neuilly-sur-Seine ?

Il y a eu un rapport du Défenseur des droits auquel j'ai participé. Apparemment, cela continue. Au sujet de mon licenciement, j'avais demandé une rupture conventionnelle parce que je voulais partir. Ils m'ont demandé de prendre des vacances. Pendant ce temps-là, ils ont monté un dossier.

"Ils m'ont viré pour harcèlement. Je tiens à dire que j'ai gagné mon procès en appel. C'est important de le dire."

Laurent Garcia, cadre infirmier

à franceinfo

Le groupe Orpéa, c'est le leader mondial des cliniques privées et des Ehapd avec 220 établissements dans toute la France. Est-ce un cas isolé, selon vous ?

Malheureusement, ce n'est pas un cas isolé. C'est le système Orpéa qui fonctionne comme ça.  Dans le livre, on en parle. Victor Castanet s'est déplacé dans toute la France. Il s'est rendu compte que c'était pareil partout. Je milite haut et fort pour qu'il y ait une autorité administrative indépendante qui puisse contrôler tous les Ehpad privés et publics. J'espère que ce livre et que ces trois années d'enquête de Victor Castanet permettront ça, c'est important.

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