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Dans certains Ehpad, les résidents vivent dans "des conditions carcérales", selon la cofondatrice du Cercle des Proches Aidants

Nos personnes âgées sont "en train de mourir de chagrin". Sabrina Deliry lance un nouveau cri d'alarme après sa grève de la faim l'an dernier. Elle dénonce le pouvoir absolu des directeurs d'établissements et décrit le bon placement d'un proche comme "un coup de poker".

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Radio France
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Un "espace de bavardages et de rencontres" installé en avril 2020 dans un Ehpad. Les pensionnaires peuvent y voir leur famille à travers un plexiglass et parler via un hygiaphone (illustration). (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Alors qu'à partir de mercredi prochain, les résidents des Ehpad pourront, à nouveau aller et venir et recevoir des visites de leurs proches, Sabrina Deliry, cofondatrice du Cercle des Proches Aidants en Ehpad (CPAE) affirme que dans certains de ces établissements, les conditions de vie des résidents "sont des conditions carcérales".

franceinfo : Vous aviez fait une grève de la faim lors du premier confinement devant l'Ehpad où résidait votre maman pour obtenir le droit de la voir. Aujourd'hui, que dites-vous de ce qui est annoncé pour cette semaine ? Le déconfinement sera-t-il appliqué ?

Sabrina Deliry : Le déconfinement devrait déjà être la règle. Depuis le 12 mars, le protocole a été émis par madame Brigitte Bourguignon, ministre de l'Autonomie. Le ministère de la Santé a déjà rédigé un protocole pouvant libérer les résidents, permettant aux familles d'accéder aux chambres des résidents vaccinés, permettant des sorties. Mais ce n'est toujours pas appliqué et là, on va refaire des recommandations pour le 19 mai. Depuis le début c'est comme ça, depuis le début le ministère n'émet que des recommandations, des protocoles. Chaque directeur d'Ehpad et d'hôpital est libre de les assouplir ou les resserrer à sa guise.

"Finalement, tout le pouvoir est entre les mains de chaque directeur, quoi qu'en dise le ministère."

Sabrina Deliry, cofondatrice du Cercle des Proches Aidants en Ehpad (CPAE)

à franceinfo

Vous avez des Ehpad que nous, CPAE, le cercle des proches aidants en Ehpad, avons appelés "Ehpad prison". On a lancé le hashtag. Parce que ce sont des conditions carcérales : visites en parloir, en salle commune, sous surveillance, limitées en fréquence, limitées en temps. Les plexiglass sont toujours en place, alors que madame Bourguignon a dit qu'elle n'en voulait plus. Et de l'autre côté, à 180 degrés, vous avez des directeurs d'Ehpad humains qui respectent les droits et libertés des résidents, qui respectent et qui travaillent avec les familles et qui n'ont pas attendu le protocole de madame Bourguignon pour ouvrir les portes.

Diriez-vous qu'aujourd'hui, avoir un jour un parent, un proche en Ehpad, c'est un coup de poker ?

Vous avez tout résumé. La vie de votre parent et de tous les résidents avec lui, ne tient qu'à un fil. Parce qu'aujourd'hui ils sont en train de mourir plus de chagrin, de dépression que du Covid puisqu'ils sont vaccinés à plus de 95%. Mais vous avez également la vie des familles autour qui est en suspens. Parce que nous, les familles, nous sommes dans une détresse majeure. Nous sommes ce qu'on appelle les proches aidants. Le cercle des proches aidants en Ehpad, c'est quoi ? Ce sont des familles comme nous, hyper impliquées, qui, avant la crise, avons toujours été voir nos parents, avons toujours soutenu les équipes parce qu'on faisait toujours un petit quelque chose aux côtés de nos parents : du rangement, du ménage, des soins, du tri. Des choses que n'ont pas le temps de faire les équipes. Donc, on est un soutien précieux pour le personnel, en plus, épuisé.

Vous avez donc le sentiment, qu'on vous laisse tomber, qu'on vous abandonne ?

C'est pire que ça. On se sent humiliés, infantilisés. Moi si je peux accéder à ma maman, c'est bien parce que j'ai fait cette grève de la faim en avril 2020, il y a plus d'un an. J'ai pris un avocat, j'ai sollicité les médias, j'ai été reçu par le ministère de la Santé et à Matignon mais on ne m'a jamais déroulé le tapis rouge, j'ai fait des sit-in. C'est une vie de fou. Aujourd'hui, on nous dit qu'un poste va être créé au ministère, dédié aux problématiques de visites entre familles, résidents et bien sûr direction. Encore une création de poste alors que nous CPAE, nous nous sommes mis à disposition du ministère pour leur faire remonter les noms des Ehpad dans lesquels il y avait encore des problèmes, dans lesquels il y avait encore des restrictions trop dures, des familles qui étaient en difficulté. Qu'attend la ministre ? Moi, j'ai un discours de réalité, de fille qui souffre d'avoir été privée de sa maman. Et moi, je vous fais remonter ce que nous les familles nous souffrons sur le terrain. Madame Bourguignon est ministre et doit mener une politique. Moi, je ne fais pas de politique. Moi, je parle de la vie de nos parents. Je peux vous parler du papa d'Annette, qui est en train de crever, parce qu'il n'y a pas d'autre mot. Je vais vous parler de la maman de Nadine qui est en train de crever parce qu'il n'y a pas d'autre mot. Ils sont en train de mourir de chagrin.

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