L'extension de la PMA approuvée par une majorité de Français : "Le vent a tourné au sein de la société" se réjouit l'association des familles homoparentales

"Ces chiffres, en réalité, confirment une tendance que l'on constate depuis plusieurs années", a indiqué le porte-parole de l'association, Fabien Joly.

Une pancarte pour la PMA, lors de la gay-pride à Paris, le 29 juin 2019.
Une pancarte pour la PMA, lors de la gay-pride à Paris, le 29 juin 2019. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

"Le vent a tourné au sein de la société", a estimé Fabien Joly, porte-parole de l'association des familles homoparentales (ADFH), sur franceinfo vendredi 18 octobre. Selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et Le Figaro, 63% des personnes interrogées sont favorables à l'extension de la PMA, un chiffre en hausse de six points depuis l'adoption de la loi bioéthique, mardi par l'Assemblée nationale.

franceinfo : Est-ce que vous vous réjouissez des résultats de cette enquête ?

Fabien Joly : Je pense que ces chiffres, en réalité, confirment une tendance que l'on constate depuis plusieurs années. Là, on a des chiffres qui sont très clairs : il y a un accord et une volonté de la population française de s'approprier et d'accepter que ces techniques médicales, puisque GPA et PMA sont des techniques médicales d'assistance à la reproduction, soient ouvertes à tous, que l'on soit en couple ou pas, que l'on soit un couple d'hommes, de sexes opposés ou un couple de femmes.

C'est, à notre avis, une très bonne nouvelle, mais ça démontre pour moi quelque chose que l'on sent, que l'on ressent : premier point, c'est un décalage entre ce que ressent la société et ce que ressentent les représentants, notamment au Parlement, le gouvernement, qui sont beaucoup plus conservateurs que la société. Et puis, le second point, c'est aussi un décalage avec les mouvements d'opinion, notamment certains lobbies, notamment la Manif pour tous, qui font beaucoup de bruit sur le terrain mais en réalité qui ne représentent qu'eux-mêmes, et donc en réalité pas du tout la majorité de la population française.

Donc pour vous, le vent a tourné sur ces questions de bioéthique au sein de la société ?

Je pense que le vent a tourné au sein de la société. L'étape suivante, c'est de faire comprendre à notre législateur que le vent a tourné et qu'il pourra, sans craindre les foudres de quiconque, s'atteler à donner un cadre juridique à ces techniques de procréations médicalement assistées.

Vous ne pensez pas que, pour le moment, les parlementaires pourraient aller vers cette autorisation de la GPA lors de la prochaine révision des lois de bioéthique, par exemple ?

Connaissant un peu les arcanes de la Ve République et du système majoritaire, je vois mal comment le groupe majoritaire à l'Assemblée nationale, qui aura de toutes façons le dernier mot dans le processus législatif, pourrait aller contre la volonté présidentielle qui est claire, qui est : "Nous ne faisons rien sur la GPA". Et sur les enfants, c'est le service minimum.

D'autant qu'il y a eu ce recul du gouvernement sur la reconnaissance de la filiation des enfants nés de GPA à l'étranger, durant l'étude de ce projet de loi. Finalement, ce ne sera pas automatique. Est-ce un échec pour vous ?

Cela n'avait jamais été envisagé comme automatique, puisque l'amendement Touraine, qui était l'amendement qui a fait tant de bruit, ne prévoyait absolument pas une transcription et une reconnaissance automatique, comme certains l'ont dit, même le gouvernement. En réalité, il s'agissait de permettre et de faciliter l'application partout sur le territoire français du raisonnement qui est aujourd'hui appliqué devant le tribunal de grande instance de Paris et qui vise à contrôler ce qui a été fait à l'étranger par rapport aux canons français, comme pour n'importe quel jugement étranger de divorce, de mariage, commercial.

Tous ces jugements-là peuvent être reconnus en France selon une procédure que l'on appelle l'exequatur. Et ce que l'on voulait, c'était que ce même raisonnement puisse s'appliquer aux jugements ayant établi la filiation des enfants nés par GPA, de la même manière à Paris, à Marseille, à Lyon ou à Versailles. C'était le but de l'amendement, mais il y avait un contrôle du juge donc il n'y avait absolument rien d'automatique.