Trois questions pour comprendre le projet nucléaire d'Hinkley Point (et l'importance du feu vert britannique)

Londres a donné son accord à la construction de la centrale nucléaire d'Hinkley Point C, la fin d'un long feuilleton.

Modélisation du projet de centrale nucléaire Hinkley Point C, au Royaume-Uni.
Modélisation du projet de centrale nucléaire Hinkley Point C, au Royaume-Uni. (OLLIER LAURENCE / EDF ENGERY)

Feu vert. Le gouvernement britannique a donné son accord, jeudi 15 septembre, à la construction de la centrale nucléaire d'EDF à Hinkley Point, en Angleterre. Le projet est évalué à 18 milliards de livres (environ 21 milliards d'euros). Le gouvernement français se félicite de cette nouvelle, qui "crédibilise" la filière nucléaire et qui soutient l'emploi dans l'Hexagone. Mais le projet Hinkley Point reste controversé au sein même d'EDF. Franceinfo répond à trois questions sur ce dossier.

Qu'est-ce que le projet Hinkley Point ?

En octobre 2013, EDF décroche la construction de deux réacteurs nucléaires EPR sur le site d'Hinkley Point C, près de Bridgwater sur la côte du Somerset (sud-ouest de l'Angleterre). Avec ce projet, il s'agit de remplacer une partie du parc nucléaire britannique, composé de 15 réacteurs, par des réacteurs de nouvelle génération, dit EPR. Les deux EPR pourraient couvrir jusqu'à 7% de la demande nationale d'électricité. 

Le projet s'inscrit dans une stratégie de longue durée pour EDF, amorcée avec le rachat de British Energy en 2009. Le projet d'Hinkley Point "doit permettre à EDF de faire le pont, industriellement, avec le renouvellement du parc nucléaire d'EDF en France", explique le quotidien Les Echos.

Pourquoi le projet est-il contesté ?

Les contestations sont multiples. Il y a d'abord une inquiétude sur le montage financier. D'après six administrateurs salariés opposés au projet, son coût pourrait menacer la viabilité du groupe, qui est détenu à près de 58% par l'Etat français. EDF, déjà fortement endetté, a été contraint de prendre une participation majoritaire (66,5%) dans le projet, après le retrait d'Areva, qui devait participer financièrement. Le directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, a démissionné en mars en exprimant ses doutes sur la faisabilité du projet.

Pour rassurer, EDF a pris une série de mesures afin de renforcer sa situation financière. "Le gouvernement a travaillé avec EDF. Nous avons, aujourd'hui, une première opération qui consiste à se séparer de certains actifs, une autre qui consiste à une recapitalisation de l'Etat, et une dernière qui consiste à une réorganisation de l'entreprise", répond aujourd'hui Christophe Sirugue, secrétaire d'Etat à l'Industrie.

Il y a eu à la fois une prise en compte sérieuse de ces éléments et une réponse tout aussi sérieuse qui nous permet de considérer que nous pouvons relever ce défi.Christophe Sirugueà franceinfo

Au regard des difficultés qu'a rencontrées EDF dans le passé, notamment avec l'EPR de Flamanville, les syndicats pointent aussi le risque technologique d'un tel projet. Mais Christophe Sirugue assure que l'entreprise a appris de ses erreurs. "Nous avons un projet qui a été parfaitement travaillé, retravaillé. L'EPR est une technologie qui s'améliore." Mais certains restent dubitatifs devant le choix d'EDF d'une stratégie résolument tournée vers l'atome au détriment de la transition énergétique, selon les explications d'un administrateur de l'entreprise, qui a démissionné à la fin juillet.

Du coup, le projet va-t-il aller jusqu'au bout ?

Les deux parties étant désormais d'accord, le projet devrait aller au bout. Mais les délais semblent difficiles à tenir. Le projet a été plusieurs fois repoussé et pourrait l'être encore à l'avenir. D'une part, les syndicats tentent de freiner les choses avec deux procédures judiciaires en cours, d'autre part, il existe une difficulté technique. Selon des ingénieurs d'EDF, cités par le Financial Times, le projet de "Hinkley Point est tellement complexe et non éprouvé que la société devrait annoncer une date d'achèvement plus tardive que l'objectif de 2025", écrit le quotidien financier. Ils estiment qu'"une date réaliste de mise en service est 2027".

L'une des causes du retard vient des tergiversations de Londres, qui tardé à apporter sa signature à la décision finale d’investissement, initialement prévue en juillet 2014. Le Royaume-Uni avait signé avec EDF un premier accord commercial en 2013, mais il fallait une dernière validation pour assurer la viaibilté du projet. Les doutes apparus au fil des mois avec les déclarations de plusieurs hauts fonctionnaires britanniques, puis le vote des Britanniques en faveur du Brexit, ont petit à petit semé le doute.

Theresa May, Première ministre depuis mi-juillet, a pris son temps avant de donner son aval, malgré l'accord de principe de son prédécesseur, David Cameron, en octobre 2013 et la décision finale d'investissement prise par EDF, le 28 juillet. Finalement, Londres a donné son accord au projet, mais en l'assortissant d'une série de mesures pour "améliorer la sécurité" du projet. L'une des conditions posées est que le groupe français reste majoritaire pendant toute la phase de construction des réacteurs.