Séisme en Drôme-Ardèche : la centrale nucléaire de Cruas à l'arrêt pour une durée indéterminée, "le temps de faire un tour des installations"

"C'est la procédure obligatoire", précise la préfète de l'Ardèche. 

La centrale nucléaire du Tricastin, située sur les communes de Saint-Paul-Trois-Chateaux, Pierelatte (Drôme), Bollne et Lapalud (Vaucluse), le 10 octobre 2017. 
La centrale nucléaire du Tricastin, située sur les communes de Saint-Paul-Trois-Chateaux, Pierelatte (Drôme), Bollne et Lapalud (Vaucluse), le 10 octobre 2017.  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Certains habitants ont fait part de leurs craintes d'une catastrophe nucléaire, lundi 11 novembre, après qu'un séisme de magnitude 5,4 s'est produit dans la Drôme et l'Ardèche. Deux centrales nucléaires, au Tricastin et à Cruas, sont situées à proximité de l'épicentre du tremblement de terre. 

"Aucun dégât n’a été recensé sur l’ensemble des installations nucléaires du Tricastin", a indiqué la préfecture de la Drôme dans un communiqué. D'après le fournisseur d'électricité, interrogé par France Bleu Drôme-Ardèche, aucune incidence n'est à craindre, ni sur la production d'électricité ni sur la sûreté des installations des centrales du Tricastin et de Cruas.

Cette dernière a été mise à l'arrêt lundi soir et "pour une durée indéterminée", le temps de vérifier que tout est en ordre. "C'est la procédure obligatoire", a précisé la préfète de l'Ardèche sur France Bleu. Il s'agit de "faire un tour des installations et de confirmer le diagnostic et l'innocuité de ce séisme", selon Françoise Souliman. Le réacteur n°1 étant déjà à l'arrêt, cela concerne les réacteurs 2, 3 et 4.

D'après Le Dauphiné, le risque ne se situe pas tant dans la fragilité des installations nucléaires, mais dans un risque d'inondation –comme c'était le cas à Fukushima (Japon)– pour la centrale du Tricastin. Situé à proximité directe du canal du Rhône, la centrale pourrait être menacée, en théorie, en cas de rupture de la digue lors d'un fort séisme. Une inondation conduirait à une fusion du combustible nucléaire des quatre réacteurs et rendrait "très difficile" la mise en œuvre de quelque moyen de secours que ce soit.

Des travaux prévus pour renforcer la sécurité

En 2017, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait exigé d'EDF l'arrêt provisoire de la centrale du Tricastin. L'ASN craignait justement qu'en cas de séisme important, la digue du Rhône craque. Des renforcements d'une partie de la digue ont été réalisés afin de garantir la résistance au "séisme majorité de sécurité" et les réacteurs avaient repris du service en décembre 2017. Un nouveau renforcement de la digue ainsi qu'une surveillance accrue ont été demandés par l'ASN en juin 2019. Des travaux sont prévus pour, au plus tard, la fin 2022. 

Le "séisme majoré de sécurité" constitue l'évaluation de l'aléa sismique pour les installations nucléaires françaises. Il a été revu à la hausse après la catastrophe de Fukushima. Chaque site doit s'y plier. Pour ce faire, le risque est calculé en fonction du séisme le plus intense jamais recensé dans la zone. Pour celle concernant la centrale du Triscastin, il s'agit du tremblement de terre du 8 août 1873, avec une magnitude de 4,7 sur l'échelle de Richter et dont l'épicentre se situait à 13 km. 

"Comme Fessenheim, la centrale du Tricastin est une de celles qui connaît le plus de risques de sûreté et d'agressions externes naturelles ou humaines", indique Greenpeace sur son site. L'ONG a, à plusieurs reprises, dénoncé la vétusté de la centrale. Ouverte en 1980, elle a dépassé sa durée de vie initiale de 30 ans, grâce à un avis favorable de l'ASN. La centrale est également située à proximité immédiate de 6 sites classés Seveso, et à moins de 80 km de quelque 1,6 million de personnes, indiquait Le Monde en 2013, dans un article recensant les incidents de la centrale.