"Pourquoi semer un tel trouble ?" : Audrey Pulvar, présidente de la fondation de Nicolas Hulot, s'étonne de l'annonce du ministre sur le nucléaire

Audrey Pulvar, présidente de la fondation de Nicolas Hulot, se dit "inquiète et surprise" par l'annonce du ministre de la Transition écologique de revoir l'objectif de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production française d'électricité d'ici 2025.

Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la nature et l\'homme, le 5 mai 2017.
Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la nature et l'homme, le 5 mai 2017. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)
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Invitée de franceinfo mercredi 8 novembre, Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la nature et l'homme, créée par Nicolas Hulot, a réagi à l'annonce du ministre de la Transition écologique de revoir l'objectif fixé par le gouvernement de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production française d'électricité d'ici 2025. Si "elle ne doute pas des convictions" de Nicolas Hulot, elle s'étonne de cette déclaration et y voit un "mauvais signal" envoyé au moment où la Cop 23 a démarré à Bonn.

franceinfo : Etes-vous en colère parce que Nicolas Hulot repousse la baisse à 50 % de la part nucléaire dans la production d'électricité en France ?

Audrey Pulvar : En colère, pas forcément. Mais inquiète et surprise. Je ne doute pas et personne à la fondation ni dans la plupart des ONG environnementales, ne doute de la sincérité de l'engagement, des convictions de Nicolas Hulot qui, j'en suis sûre, sont restées intactes. Je ne doute pas qu'il lui en coûte d'annoncer ce renoncement. On peut penser que c'est du pragmatisme, parce qu'il y a des données objectives, qui peuvent être discutées très longtemps, sur le fait qu'on ne puisse pas conjuguer à la fois, objectifs de la baisse fixée des gazes à effet de serre, réduction de la part du nucléaire dans l'énergie utilisée dans l'électricité et augmentation de la part des énergies renouvelables. Mais on peut être pragmatique et conscient des signaux que l'on envoie. Un ministre de la Transition écologique ne peut pas dire cela : il est là pour fixer et tenir des caps. Ce qui est inquiétant dans la déclaration de Nicolas Hulot, c'est le signal qu'il envoie à tous les promoteurs de l'énergie nucléaire, à tous ceux qui ne sont pas prêts à faire des efforts nécessaires pour faire monter dans notre pays les énergies renouvelables, réduire la part des énergies fossiles et nous permettre de sortir du nucléaire.

Il restait sept ans pour atteindre cet objectif, était-ce techniquement impossible ?

Il y a des scénarios qui disent que c'est encore possible, mais, encore une fois, je pense qu'un ministre de la Transition écologique ne peut pas dire cela. Il est là pour nous servir de paratonnerre face aux offensives des tenants des énergies fossiles, aux tenants du "toujours plus d'électricité nucléaire", avec un raisonnement qui n'est pas celui du ministre, mais celui développé par les tenants de cette énergie nucléaire. Un raisonnement faussé qui ne tient pas compte des économies d'énergie. Pendant que l'on parle de perpétuer les installations nucléaires en France, on ne parle pas des économies d'énergie à mettre en œuvre.

Passer de 75 % à 50 % de l'énergie nucléaire, cela signifie la fermeture des réacteurs, une vingtaine environ, c'est tenable ?

C'est l'estimation de la Cour des comptes et celle de nombreux spécialistes. C'était l'estimation du ministre, lui-même, il y a quelques semaines. La France peut le faire à un rythme moins soutenu que prévu, mais encore une fois, le signal est important. C'est celui donné au marché, à EDF et à la population sur les efforts à fournir. C'est un message négatif qui a été donné. On ne sait pas pourquoi, Nicolas Hulot fait cette déclaration là alors que la Cop 23 a démarré à Bonn, alors que la trajectoire sur la politique énergétique est en discussion jusqu'en 2018. Pourquoi semer un tel trouble ? Je ne doute pas la sincérité de Nicolas Hulot, mais j'ai plus de doutes sur l'engagement écologique du président de la République, qui n'a pas été le candidat le plus écolo à la présidentielle. Est-ce qu'il doit démissionner ? Je ne crois pas. Il doit rester à son poste le plus longtemps possible et défendre le plus possible les idées qui sont les siennes. On lui dit : accroche-toi, ne renonce pas. Nicolas Hulot fait partie de ceux qui pensent que les utopies ne sont pas forcément irréalisables. Qu'il garde cet état d'esprit. 

"Pourquoi semer un tel trouble ?" : Audrey Pulvar, présidente de la fondation de Nicolas Hulot, s'étonne de l'annonce du ministre sur le nucléaire
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