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Loi de bioéthique : le député Les Républicains Xavier Breton dénonce "un passage en force" du gouvernement

Le député de l'Ain fait partie des élus porteurs d'amendements contre le projet de loi de bioéthique, qui prévoit notamment l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, avant l'été. Il assure sur franceinfo ne pas être dans "une logique d'obstruction".

Article rédigé par franceinfo - Philippe Boury
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min
Le député Les Républicains (LR) Xavier Breton lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale française à Paris, le 16 janvier 2019. (THOMAS SAMSON / AFP)

Le projet de loi de bioéthique revient lundi 7 juin à l'Assemblée nationale pour une nouvelle lecture, avec notamment la mesure phare de l'ouverture de la Procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. L'opposition de droite, groupe LR en tête, compte bien faire entendre sa voix à l'occasion des débats.

"Ce n'est pas une logique d'obstruction", assure sur franceinfo Xavier Breton, député Les Républicains (LR) de l'Ain, qui fait partie des élus porteurs d'amendements. "On n'est pas là pour faire durer les débats", assure le député qui entend "approfondir" le sujet. Il déplore "une logique de confrontation" sans "recherche de consensus". Xavier Breton dénonce un "passage en force" du gouvernement alors qu'il y a selon lui "d'autres urgences."

franceinfo : Le groupe LR a déposé énormément d'amendements au projet de loi bioéthique...

Xavier Breton : Jusqu'à présent, dans les textes de bioéthique, on était dans des logiques de dialogue, de recherche d'équilibre, de consensus. C'était toute la logique de Jean Leonetti quand il portait ses textes. Malheureusement, depuis deux mandats, on se rend compte qu'on est dans une logique de confrontation et d'affirmation de positions qui empêchent un vrai dialogue. Donc, ce que nous souhaitons nous, c'est de débattre de façon à ce que l'on aille au-delà des slogans, qui sont un peu réducteurs, et que l'on voit bien tous les sujets. Sur la PMA, il y a bien sûr la question de la demande des femmes qui existe, qu'elles soient en couple ou qu'elles soient seules. Mais il faut prendre aussi en compte les enfants. Est-ce que c'est le rôle de la société que de priver délibérément un enfant de père ? C'est là où il faut que l'on regarde les choses, pas uniquement du côté des adultes, mais également des plus fragiles, en l'occurrence les enfants. Et c'est cette voix là que nous allons porter dans les débats à partir d'aujourd'hui.

Ce sera l'occasion de faire valoir vos arguments. Mais à travers cette nouvelle lecture, vous y voyez aussi un passage en force. Pourquoi ?

Le passage en force n'est pas tant dans la durée. On est sur plusieurs lectures, cela prend du temps. Mais c'est normal aussi avec la crise sanitaire qui a ralenti les choses. Le passage en force, c'est surtout dans la manière. D'habitude, vous avez un dialogue qui se fait à l'intérieur de l'Assemblée – il ne s'est pas fait dans les deux premières lectures – mais aussi un dialogue entre l'Assemblée et le Sénat au cours de la navette parlementaire où le texte s'enrichit. Alors que là, pas du tout. Une disposition qu'avait prise le Sénat était de dire à l'article premier : il n'existe pas de droit à l'enfant. C'est une mesure de bon sens qui aurait pu faire largement consensus. Elle est supprimée à l'Assemblée nationale.

"On voit bien que sur des sujets qui auraient pu nous rassembler, même là, on est dans une logique d'affrontement, de confrontation. Et c'est pour ça qu'il y a un passage en force."

Xavier Breton, député LR de l'Ain

à franceinfo

Le Parlement est divisé sur ces sujets. On voit bien que dans notre société, il n'y a pas non plus d'unanimité. En fait, on divise les Français dans une période de crise sanitaire et économique. Alors qu'il y a d'autres urgences. Je pense par exemple à la dépendance, où tout le monde attend une loi qui prendra en charge les besoins des personnes âgées dépendantes. Eh bien non, on divise les Français sur un texte qui est important, mais qui est loin d'être urgent.

Le gouvernement espère malgré tout une adoption avant l'été. Quelle est votre position par rapport à cette volonté affirmée ?

Nous, on va en débattre. On redépose des amendements qui vont au fond des choses. Ce n'est pas une logique d'obstruction. On n'est pas là pour faire durer les débats pendant des semaines et des semaines. Là, on est sur une logique pour dire : approfondissons bien les choses et montrons aussi les incohérences. Le texte va permettre qu'on mette des cellules humaines dans des embryons animaux. Ce sont des chimères qu'on est en train de créer. Est-ce que c'est cela que la société veut ? Alors, c'est sûr, cela passe un peu au second plan au niveau médiatique par rapport à la PMA. Mais il y a des sujets très importants, comme ces créations d'embryons chimériques. On a les questions qui concernent la recherche sur l'embryon, qui sont très sensibles. Sur tous ces sujets, on va faire le débat, on va souhaiter qu'il y ait un dialogue qui, enfin, puisse exister pour qu'on améliore le texte. Mais en commission, on a vu que c'était beaucoup plus une logique d'affirmation, de slogan. Et la bioéthique, ce n'est pas des slogans. Cela devrait être au contraire réfléchir, chacun avec ses convictions, mais en écoutant aussi ce que dit l'autre. Malheureusement, on en est loin dans l'examen de ce texte de bioéthique.

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