Vidéo Journée contre l'homophobie : "Il y avait de la prison, des amendes très lourdes", raconte un des derniers condamnés pour homosexualité en France

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L'homosexuel face à la justice
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France Télévisions

Avant la Journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie, le 17 mai, France 5 diffuse "Homosexualité : les derniers condamnés". Ce documentaire inédit donne la parole aux témoins d'une époque pas si lointaine durant laquelle les gays étaient considérés comme des parias. 

Premier Etat au monde à dépénaliser le crime de sodomie en 1791, la France fit longtemps figure de pays libéral en matière de mœurs. Une tolérance à laquelle met fin le maréchal Pétain, en 1942, avec la signature d'un décret rétablissant "le délit d'homosexualité". Alors que les relations sexuelles des hétérosexuels sont autorisées dès l'âge de 15 ans, cet article 334 du Code pénal réprime les rapports entre deux personnes de même sexe de moins de 21 ans. Cette législation est conservée à la Libération puis durcie au début des années 1960, avant d'être abrogée en 1982. Quarante ans durant, des hommes à la sexualité considérée comme "contre-nature" ont ainsi été ostracisés, traités comme des criminels et condamnés à vivre clandestinement leurs relations.

A l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, qui a lieu mardi 17 mai, Ariane Chemin et Emmanuel Hamon, les auteurs et réalisateurs de Homosexualité : les derniers condamnés, sont allés à la rencontre d'hommes qui furent les principales victimes de cette loi répressive, notamment dans les années 1970. Parmi ces témoins, Michel Chomarat. Il avait 29 ans en 1977. Jeune homosexuel lyonnais, il "monte" régulièrement à Paris les week-ends afin de se distraire au bar Le Manhattan, l'un des 86 lieux de rencontres gay que compte la capitale à l'époque.

"J'avais peur de perdre mon emploi"

"Le Manhattan, comme on dit aujourd'hui, c'était une boîte de cul, rapporte Michel Chomarat dans ce documentaire. Moi j'allais tout de suite dans les backrooms [arrière-salle d'un bar ou d'une discothèque, où les clients ont des relations sexuelles]". Il revient sur son arrestation : "C'est un moment avec du poppers, on est ailleurs, on oublie tout, et d'un seul coup 'Police !' On a vu en effet des gens qui ont déclaré leur fonction de policier, carte de police à la main, alors qu'ils étaient aussi à poil que nous. C'était d'une confusion, mais totale. Je n'en menais pas large, c'était un week-end professionnel et moi, j'avais peur de perdre mon emploi." 

Ce soir-là, huit autres clients ainsi que les deux gérants du lieu sont arrêtés et transférés au 36, quai des Orfèvres. Ils sont accusés de "flagrant délit d'outrage public à la pudeur". "On nous a mis les menottes (...) Certains étaient décomposés. J'avais appris après qu'il y avait des hommes mariés, avec enfants, etc. Les contrôles sur les quais et puis de temps en temps aller dans les commissariats, c'était presque une habitude. Mais là, c'était du lourd."

"Mais cela pouvait aller loin, il y avait de la prison, des amendes très lourdes, inscription au casier judiciaire. Je découvre l'état de la juridiction par rapport aux homosexuels en France."

Michel Chomarat

dans le documentaire "Homosexualité : les derniers condamnés"

Cette descente de police au Manhattan fait les gros titres. Elle mobilise les associations de défense des homosexuels et plusieurs intellectuels. Le procès a lieu un an après, en 1978, devant la 10e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris. "J'hallucine, se remémore Michel Chomarat devenu alors un activiste pour la cause LGBT. Il y avait un monde fou de partout. Tout le monde distribuait des tracts. Le président, la Cour, étaient énervés de voir tout ce monde, ce battage, énormément de presse. Il y avait je ne sais combien de journalistes.(...) Ce que l'on appelle maintenant 'L'affaire du Manhattan' est un repère dans l'histoire des luttes homosexuelles en France."

Le jugement de ce procès condamnera les hommes interpellés à une peine symbolique de 500 francs d'amende, sans inscription au casier judiciaire. En 1981, sous la présidence de François Mitterand, la France retire l'homosexualité de la liste des maladies mentalesL'autre grande avancée arrive en 1982 avec la suppression de toute pénalisation de l'homosexualité impliquant des personnes de plus de 15 ans, et du dernier texte pénal stigmatisant les relations homosexuelles.

Le documentaire Homosexualité : les derniers condamnés réalisé par Ariane Chemin et Emmanuel Hamon est diffusé le dimanche 15 mai sur France 5 à 22h50. 

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