Agressions homophobes : "Il y a vraiment urgence absolue à renforcer l'arsenal juridique et pénal"

Une journaliste du site Têtu, Marion Chatelain, déclare dimanche sur franceinfo  attendre "une prise en charge nationale" pour répondre aux agressions homophobes, qui, dit-elle, sont en hausse.

Un appel à lutter contre l\'homophobie le 6 juin 2015 à Lille (illustration). 
Un appel à lutter contre l'homophobie le 6 juin 2015 à Lille (illustration).  (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

"On a tous et toutes le sentiment qu'il y a une impunité", a déclaré dimanche 21 octobre sur franceinfo Marion Chatelin, journaliste au magazine en ligne Têtu, à propos des agressions homophobes et transphobes. Un rassemblement est prévu à Paris, à l'appel de SOS Homophobie et de l'Inter-LGBT pour soutenir les victimes d'agressions"Il y a vraiment urgence à renforcer l'arsenal à la fois juridique et pénal. C'est l'urgence absolue", a-t-elle ajouté.

Un "ancrage" des agressions homophobes

Marion Chatelin salue l'initiative de la maire de Paris, Anne Hidalgo, de "convoquer autour de la table les associations, des représentants de la police, du parquet, du tribunal de grande instance de Paris, de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), pour établir une réponse opérationnelle à la recrudescence des violences homophobes" au niveau régional. Mais la journaliste voudrait un mouvement et des réactions d'ampleur. "On attend une prise en charge au niveau national. Il y a vraiment urgence. La semaine dernière, il y a eu tous les jours une agression", lance-t-elle.

"Il y a une augmentation et un ancrage des agressions homophobes dans la société", ainsi qu'une "plus grande médiatisation", souligne la journaliste. "On constate que les victimes n'hésitent plus à en parler, à publier des photos d'elles. On voit des visages tuméfiés, des personnes blessées sur les réseaux sociaux, beaucoup sur Twitter", indique-t-elle. 

La difficulté de porter plainte

Marion Chatelin a elle-même été victime d'une agression homophobe l'été dernier dans le 19e arrondissement de Paris, alors qu'elle sortait d'un restaurant avec son amie. Elle raconte. "En terrasse, on s'embrasse. Un homme installé là avec sa femme et ses deux enfants nous dit : 'ne faites pas cela devant les enfants.' On est complètement abasourdies." Le ton est monté. "Il se rapproche de nous, il crache en notre direction, il se met à parler de plus en fort. Les serveurs sortent mais ne font rien. On commence à hausser le ton, nous. On traverse la rue, lui aussi. Je lui fais un doigt d'honneur, parce qu'il continuait à nous insulter, il hurlait. Et là il se dirige vers nous, il me fout une gifle puis un coup de poing à la mâchoire, tout cela entrecoupé d'insultes, de menaces de viol."

Marion Chatelin a déposé plainte. "Par rapport à d'autres j'ai eu de la chance. J'ai dû faire ce que j'appelle '5 minutes de pédagogie'", explique-t-elle. L'agent de police avait inscrit "des propos qui m'ont semblé homophobes" sur la plainte. Elle lui a répondu que "'sale lesbienne', 'je vais te violer tu vas voir', 'vous êtes dégueulasses' sont des propos homophobes". La journaliste de Têtu a demandé et obtenu que la plainte soit modifiée avant de la signer.