"Le véganisme est souvent un engagement politique"

Les 'vegans' ne consomment pas de produits issus de l'exploitation des animaux, non seulement dans l'alimentation, mais aussi dans l'habillement, les cosmétiques... Francetv info a interrogé un universitaire, spécialiste du sujet.

Des militants de l\'association L214 portent des lapins morts pour protester contre leur élevage intensif, sur la place du Trocadéro, à Paris, le 27 mars 2013.
Des militants de l'association L214 portent des lapins morts pour protester contre leur élevage intensif, sur la place du Trocadéro, à Paris, le 27 mars 2013. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Depuis quelques mois, ils ne cessent de donner de la voix dans l'Hexagone, notamment sous l'impulsion de la très active association L214. Les vegans, qui refusent de consommer le moindre produit issu de l'exploitation animale, ont récemment dénoncé les conditions de gavage des canards en France, ou encore les modes de production d'œufs issus de l'élevage intensif.

Ces militants vont plus loin que les végétaliens, qui se contentent d’éliminer les produits animaux – viande, produits laitiers, œufs... – de leur alimentation. Leur philosophie déborde sur tous les aspects de leur vie et ils sont prêts à abandonner les cosmétiques, les produits d’entretien ou les vêtements d’origine animale. Forte de ses magasins spécialisés, de ses restaurants, de ses blogs, la communauté vegan est de plus en plus visible en France. Mais qui sont ses militants ?

Francetv info a interrogé le Britannique Robert Garner, spécialiste de l'étude de la protection animale. Ce professeur à l'université de Leicester, au Royaume-Uni, est l'auteur de l'ouvrage The animal rights debate : abolition or regulation (non traduit en français), un livre dans lequel il dialogue avec le philosophe américain Gary Francione, figure de proue de la communauté vegan.

Francetv info : Quelle est l’ampleur de la communauté vegan ?

Robert Garner : Le mouvement est plus important qu'il y a quarante ans, mais le pourcentage de la population qui est vegan reste minuscule. Si vous ajoutez à cela les végétariens, c'est évidemment un peu plus, mais eux peuvent avoir des motivations très diverses : la santé, l’environnement, le bien-être animal... Le véganisme est plus politisé.

Quelles sont leurs motivations ?

Les recherches montrent que la conversion au véganisme a tendance à provenir d’un choc moral. Par exemple, quelqu'un qui a pu voir de ses yeux ce que subissent les animaux, ou quelqu'un qui a découvert des images de l'exploitation animale.

La position abolitionniste est devenue influente récemment auprès des militants. Elle défend l'idée que les animaux ont des droits, spécifiquement le droit d'être traité avec respect, ce qui signifie que toute exploitation animale est supposée moralement inadmissible.

Si on leur rétorque que les humains ont des capacités morales que la plupart des animaux n'ont pas, comme la rationalité ou l'autonomie, alors les militants évoquent le cas des humains "marginaux", comme les personnes qui souffrent de troubles mentaux. Si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout, il faudrait, dans ce cas, être préparé à admettre que ces "marginaux" soient considérés comme inférieurs aux autres êtres humains.

Le véganisme entraîne-t-il forcément une forme de militantisme ?

Plus que le végétarisme, c’est un symbole d'engagement politique qui nécessite de l'activisme. La position abolitionniste est traditionnelle : il s’agit de se prononcer contre toute forme d’exploitation animale. Certains militent pour une approche du "tout ou rien", refusant des réformes réglementaires. Ils estiment que donner l’impression d’améliorer le bien-être des animaux rendrait plus difficile l’abolition de leur exploitation.

Certains militants comparent leur combat à la lutte contre le racisme, le sexisme ou l’homophobie. Pourquoi une telle comparaison ?

Beaucoup de défenseurs des animaux estiment que les humains ne sont pas supérieurs aux animaux, même s’ils appartiennent à une espèce différente, l’espèce humaine : ils combattent ce qu’ils appellent le "spécisme". Pour eux, le "spécisme" se rapproche du racisme, parce que cette discrimination entre hommes et animaux serait fondée sur des différences moralement injustifiées.

Les 'vegans' ne risquent-ils pas de se marginaliser ? Certains critiques évoquent une forme de sectarisme de leur part.

Pour beaucoup de défenseurs des animaux, l'identité vegan est importante et elle suppose d'être différent de la majorité. C’est indispensable pour un mouvement social, quel qu’il soit, d’avoir une forte identité pour mobiliser des militants. Mais ce qui est clair, et je pense que de nombreux vegans seraient d'accord avec moi, c’est que si de tels comportements sectaires existent, ils sont contre-productifs.