"Le Covid va provoquer une augmentation dramatique du travail des enfants dans les prochaines années", alerte la directrice générale d'Unicef France

Un rapport de l'Organisation internationale du travail et de l'Unicef, publié jeudi 10 juin, estime qu'au début de l'année 2020, 160 millions d'enfants étaient poussés à travailler, soit 8,4 millions de plus en quatre ans.

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Des enfants irakiens chargent leurs charrettes de briques dans une usine près de Najaf, le 18 novembre 2018. (HAIDAR HAMDANI / AFP)

"Le Covid va provoquer une augmentation dramatique du travail des enfants dans les prochaines années", a assuré samedi 12 juin sur franceinfo, à l'occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, Clarence Jaccart-Briat, directrice générale d’Unicef France, alors qu'un rapport de l'Organisation internationale du travail et de l'Unicef, publié jeudi 10 juin, estime qu'au début de l'année 2020, 160 millions d'enfants étaient poussés à travailler, soit 8,4 millions de plus en quatre ans.

franceinfo : Le travail des enfants augmente pour la première fois en vingt ans. La crise du Covid est-elle à l'origine de cette augmentation ?

Clarence Jaccart-Briat : Pas complètement. En 2016, c'est la première fois depuis 2000 que le travail des enfants augmente dans la plupart des régions du monde. Et ça s'explique parce que cette augmentation concerne principalement l'Afrique subsaharienne. Il y a un enfant sur dix dans le monde qui travaille, en Afrique subsaharienne c'est deux enfants. Et donc ça s'explique par l'exposition de ces pays aux crises, aux guerres, aux problèmes environnementaux. Ce qui est terrible, c'est que la projection que l'Unicef et l'OIT ont réalisé montre que le Covid va provoquer une augmentation dramatique du travail des enfants dans les prochaines années. Parce que le Covid, dans certains pays dont les structures sont fragiles, plongent les familles dans des situations économiques dramatiques. Les enfants restent leur recours pour simplement subsister.

Quels sont les travaux que l'on fait faire à ces enfants ?

Ce sont essentiellement des travaux agricoles parce que les zones concernées sont des zones, notamment en Afrique subsaharienne, dans lesquelles l'économie est essentiellement une économie de nature agricole. Maintenant, quand on regarde l'ensemble des pays du monde, on a certes le travail dans l'agriculture, mais on a le travail domestique, le travail dans les foyers. Et puis, ce qui est évidemment très compliqué, c'est ce qu'on appelle les travaux dangereux, pour ne pas dire plus, puisque les travaux dangereux cela peut être des travaux très pénibles pour le corps des enfants. Mais ça peut être aussi de l'exploitation pure et simple.

Quel âge ont-ils en moyenne ?

Cela concerne pratiquement toutes les tranches d'âge, jusqu'à 17 ans. Mais ce qu'il faut quand même signaler, c'est que le phénomène s'aggrave chez les enfants de 5 à 11 ans, chez les petits enfants. Et quelles sont les conséquences ensuite pour les sociétés ? Ce sont des dommages corporels, physiques et des dommages mentaux, psychologiques sur les enfants. Un enfant qui est exposé dès 5 ans à un travail très dur dans les champs va avoir des retards de développement et va subir des violences corporelles et physiques qui vont l'handicaper très longtemps. L'impossibilité d'aller à l'école, l'impossibilité même d'avoir accès à certains soins dans des pays dont les structures vont être très abîmées par la crise du Covid, va évidemment provoquer des retards de développement, des maladies très spécifiques. On n'est pas du tout sûr qu'on ne verra pas revenir d'autres pandémies liées justement à ce manque de soins et ce manque de protection des enfants. Donc les dommages sont graves à court, à moyen et à très long terme. Ce sont des dommages pour l'humanité tout entière.

Quels sont les outils à disposition des ONG, des Nations unies pour faire baisser le travail des enfants, voire l'éradiquer, puisque c'est l'ambition même des Nations unies de mettre fin au travail des enfants en 2025 ?

Je vais vous dire très clairement. Aujourd'hui, la réponse immédiate à cette situation, c'est la vaccination. C'est le partage des vaccins contre le Covid pour les plus vulnérables. Il ne peut pas être envisageable de faire autrement compte tenu des zones dans lesquelles ce phénomène se poursuit. C'est la première réponse que nous devons apporter à cette situation afin que le Covid ne produise pas un délitement complet des structures économiques, sociales ou même culturelles des pays qui sont les plus exposés. Je pense évidemment bien sûr à l'Afrique subsaharienne qui, aujourd'hui manque cruellement de doses de vaccins. C'est la raison pour laquelle aujourd'hui, la mobilisation très immédiate, c'est la mobilisation pour le vaccin, pour Covax. Pour donner des vaccins disponibles, pour donner de l'argent, pour permettre qu'ils soient acheminés dans des territoires très loin, très isolés, où on peut soigner encore des adultes, bien sûr, mais aussi et surtout des enfants à terme.

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