La baisse de fécondité en France est "problématique" et va continuer "dans les prochaines années"

La baisse du taux de fécondité en France est "probablement liée à l'évolution des mentalités", a expliqué jeudi sur franceinfo le géographe Laurent Chalard.

Une femme enceinte à Ygos-Saint-Saturnin (Landes), le 19 mars 2011.
Une femme enceinte à Ygos-Saint-Saturnin (Landes), le 19 mars 2011. (LOIC VENANCE / AFP)

Si la France est championne d'Europe des bébés, le taux de fécondité lui est en baisse de 1,92 enfant par Française, selon des chiffres publiés par l'Office européen des statistiques Eurostat. Il y a "de fortes chances que cette baisse continue dans les prochaines années", a estimé jeudi 29 mars sur franceinfo Laurent Chalard, géographe et membre du think-tank European centre for international affairs. Il a rappelé qu'on avait atteint "un pic" en 2010, "le plus haut niveau depuis la fin du baby-boom dans les années 1970". Cette baisse est "problématique", selon le géographe, car "cela crée des déséquilibres dans la pyramide des âges" et, "pour un État, ce n'est jamais bien bon".

franceinfo : Comment expliquer cette baisse de la fécondité ?

Laurent Chalard : La baisse de la fécondité en France est probablement liée à l'évolution des mentalités en particulier chez les femmes de moins de 30 ans. Elle existe depuis 2010, mais en 2010 on avait atteint un pic. C'était le plus haut niveau de fécondité depuis la fin du baby-boom dans les années 1970. Malheureusement, on peut penser qu'il va continuer à diminuer du fait de la tendance qui est à la baisse chez les jeunes femmes. Si elles ont moins d'enfants avant 30 ans, il est probable qu'elles auront moins d'enfants après 30 ans. Il y a de fortes chances que cette baisse continue dans les prochaines années.

Est-ce la fin d'un modèle démographique ?

Pas tout à fait. La France reste le pays qui a la fécondité la plus élevée de l'Union européenne. Cependant, on a une originalité qui a tendance à s'atténuer ces dernières années. C'est une perte démographique ancienne qui date des années 1970. Ces dernières années, on a une stabilité de la fécondité sur l'Union européenne contrairement à ce qu'on constate aux États-Unis qui avaient une fécondité plus forte que l'UE mais où la fécondité a beaucoup baissé depuis la crise économique de 2008.

Est-ce que la politique familiale a un effet sur le taux de fécondité ?

Oui. La politique familiale joue forcément un rôle. Mais il y a un autre élément qui a pu jouer, c'est l'héritage d'une dénatalité très ancienne qui remonte au XIXe siècle. Ce qui fait que, dans la psyché nationale, on considère aujourd'hui que faire des enfants c'est bien, que c'est quelque chose de positif. Ce n'est pas forcément le cas en Allemagne où on a l'héritage du nazisme où il fallait faire beaucoup de bébés. Aujourd'hui, ce n'est pas forcément bien vu de faire beaucoup d'enfants.

Est-ce si positif que cela de faire beaucoup de bébés dans un contexte de surexploitation des ressources naturelles ?

C'est la grande question. Il faut savoir que le seuil de remplacement de génération, c'est 2,1 enfants par femme. Cela sous-entend que si vous êtes en dessous ou au-dessus, vous n'êtes pas dans un équilibre. Si on veut vivre dans un monde idéal, un monde de stagnation démographique, il faudrait être autour de 2,1 enfants par femme. À partir du moment où vous êtes en dessous ou au-dessus, on peut considérer que c'est problématique puisque cela crée des déséquilibres dans la pyramide des âges. Qui dit baisse de la fécondité dit moins de naissances, donc moins de personnes dans le futur pour financer les retraites et moins de main d'œuvre. Pour un État, ce n'est jamais bien bon.