L'embrigadement des enfants par la Scientologie a-t-il fait fuir Katie Holmes ?

Les inquiétudes prêtées par la presse américaine à la femme de Tom Cruise concernant sa fillette de 6 ans relancent le débat sur les méthodes de la scientologie à l’égard de ses adeptes, dès le plus jeune âge.

Katie Holmes et sa fille Suri à New York (Etats-Unis), le 5 juillet 2012.
Katie Holmes et sa fille Suri à New York (Etats-Unis), le 5 juillet 2012. (SIPA )

Katie Holmes a-t-elle quitté Tom Cruise pour sauver sa fille de la scientologie ? Depuis l’annonce de leur divorce fin juin, les médias américains publient quotidiennement des informations allant dans ce sens. Les deux acteurs sont finalement parvenus à un "accord" amiable pour régler leur divorce lundi 9 juillet. Et semblent déterminés à rester discrets sur le rôle joué dans leur rupture par l'organisation religieuse, considérée comme une secte en France. Dans un communiqué, ils expriment leur "respect mutuel" envers leurs "croyances respectives".

Selon les médias, l'âge de la petite Suri, 6 ans, aurait été déterminant dans le choix de Katie Holmes, élevée dans le catholicisme, de demander le divorce. Selon le site people TMZ, l’ex-héroïne de la série Dawson redoutait que Tom Cruise ne tente d'attirer Suri dans la Sea Org, décrite comme un camp d’entraînement de la scientologie auquel les enfants sont intégrés à l'âge de 6 ans. Des informations démenties par l’organisation religieuse.

Un interrogatoire poussé dès 6 ans

Les enfants peuvent y être soumis à une sorte d’interrogatoire dit de "sécurité", pour vérifier qu’eux-mêmes ou leurs parents ne dissimulent pas à l'organisation leur hostilité. Sur son blog The Village Voice, le journaliste américain spécialiste de la scientologie Tony Ortega met en ligne le fameux questionnaire établi par le fondateur du mouvement, L. Ron Hubbard. Il compte un nombre impressionnant de questions, inquisitrices et intimes.

Dans la doctrine de L. Ron Hubbard, "les enfants sont des thétans, des êtres vieux de plusieurs millions d’années" qui se sont réincarnés, explique à FTVi Roger Gonnet, 71 ans, ancien cadre de la Scientologie en France, qui a fondé la première organisation de province à Lyon. "Ils sont donc considérés comme des adultes déjà relativement responsables de leurs ennuis", précise-t-il, soulignant le rôle primordial du "mécanisme d’auto-culpabilisation" dans les préceptes de la scientologie.

Une école de scientologie dans l'Oregon

Selon Tony Ortega, les deux premiers enfants de Tom Cruise, adoptés avec son ancienne femme Nicole Kidman, ont également subi cet interrogatoire. Ils ont ensuite été scolarisés à la Delphian School, la principale école de scientologie, située dans l’Oregon. Le Hollywood Reporter rapporte qu’ils auraient été montés contre leur mère, présentée par des membres de l’organisation comme une sociopathe. Les ponts ont été coupés entre eux.

Selon The Daily Beast, Katie Holmes aurait pris la décision de divorcer pour permettre à sa fille d’aller à l’école, refusant qu’elle soit instruite selon les préceptes de la scientologie. Suri n’a fréquenté aucune école maternelle jusqu’à présent.

"Ils utilisent le dictionnaire à outrance"

Quel enseignement reçoivent ces apprentis scientologues ? "Il n’y a pas vraiment d’enseignants, mais des sortes de surveillants. Les élèves ont des listes de documents à lire et à écouter et ils utilisent le dictionnaire à outrance", décrit Roger Gonnet, soulignant qu'"en France, tout cela se fait à domicile". A la sortie, dit-il, les niveaux sont très inégaux et la plupart continuent à travailler au sein de l’organisation, comme informaticien, commercial ou "auditeur", une sorte de psy garant de la doctrine.

"On n’arrête pas de questionner les membres pour savoir ce qu’ils ont fait de pas bien, même ce qu’il y a de plus insignifiant", se souvient Roger Gonnet. A 16-17 ans, "certains sont jetés dehors car ils ne rendent plus assez service et peuvent même représenter un risque pour la scientologie", ajoute l’ancien adepte, qui a quitté la scientologie avec sa femme en 1983, après avoir "entraîné" ses deux enfants "là-dedans". Ces derniers ont arrêté leurs études en seconde. S’ils sont parvenus à "se débrouiller" et "ont des postes de cadre aujourd’hui", leur père culpabilise toujours.