Une enquête ouverte par le parquet de Paris pour des soupçons de malversations dans le groupe Fnac-Darty

La justice enquête depuis le mois de mai sur plusieurs magasins d'Île-de-France, qui sont soupçonnés d'avoir accepté des paiements en liquide bien supérieurs à 1 000 euros, alors que la loi l'interdit. C'est un salarié qui a lancé l'alerte.

Article rédigé par
Mathilde Lemaire - édité par Clémentine Vergnaud - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Une femme passe devant la vitrine d'un magasin Darty, à Lille (Nord), le 27 octobre 2015. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Le parquet de Paris a ouvert au mois de mai 2021 une information judiciaire contre le groupe Fnac-Darty pour blanchiment d'infraction en bande organisée et association de malfaiteurs. Elle concerne des soupçons de malversations : d'importants achats de matériel auraient été réglés en liquide pour un total largement supérieur au plafond légal. En effet, selon la loi, les personnes résidant en France peuvent payer un bien ou un service en liquide à hauteur de 1 000 euros maximum. Des perquisitions ont eu lieu en juin dans plusieurs magasins d'Île-de-France. C'est un salarié du groupe qui a lancé l'alerte.

Des clients qui viennent faire leurs achats avec 30 000 ou 40 000 euros

En 2017, Haziz Faddel est cadre au magasin Darty situé près de la place de la République, à Paris. Il voit chaque semaine les mêmes clients VIP faire de gros achat en liquide. "Il assiste à des scènes de personnes qui arrivent avec 30 000, 40 000 euros voire plus. Cela se passait parfois même en dehors des heures d'ouverture", raconte pour lui maître Sophie Jonquet, son avocate. Selon son témoignage, la compteuse de caisse - l'appareil qui sert à compter les billets - "était réquisitionnée" et "le directeur procédait au comptage".

"Quand on a besoin d'une compteuse, c'est qu'il y a plus de 1 000 euros."

maître Sophie Jonquet, avocate du salarié lanceur d'alerte

à franceinfo

Haziz Faddel découvre ensuite que cette pratique existe dans d'autres magasins de l'enseigne à Paris. Celui qui est alors délégué syndical parvient à décrocher un rendez-vous avec le PDG de l'époque, Alexandre Bompard. Il l'informe de ce qu'il a vu mais aucune réaction ne s'ensuit. Au contraire, le lanceur d'alerte estime qu'à la suite de ses révélations il a été privé de son mandat syndical. Le groupe, lui, ne saisit le procureur de la République que fin 2020, soit quatre ans plus tard, quand Haziz Faddel demande une rupture conventionnelle, qui lui est refusée. Il est actuellement en arrêt maladie, partagé selon lui entre le soulagement que la justice soit saisie du dossier et la crainte de pressions.

Jusqu'à 1,5 million d'euros entrés illégalement

Durant toutes les années qui ont suivi son signalement, le lanceur d'alerte récupère discrètement des peuvres - comme des factures - des faits dénoncés. Il compte jusqu'à 1,5 million d'euros entrés illégalement en liquide dans les caisses de Darty, avec divers procédés pour le masquer.

Selon le salarié, la direction ne pouvait pas ignorer ces pratiques. "Quand une vente - par exemple une quarantaine d'IPhone - est faite à l'aide d'espèces, le directeur des achats est forcément au courant", assure maître Jonquet. Elle dénonce un système, affirmant qu'un magasin qui a un stock pour la vente aux particuliers "n'a pas des dizaines d'IPhone à disposition". "Il aurait fallu demander 'pourquoi avez-vous besoin de dizaines d'appareils d'un coup ?'" Sollicitée, la direction de Fnac-Darty dit coopérer avec les enquêteurs et explique que les faits sont circonscrits à quelques magasins.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Justice

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.