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Trois détenus libérés faute de place : gouvernement et opposition se rejettent la faute

Après la libération à Dreux de trois condamnés faute de place en prison, les policiers craignent un sentiment d'impunité chez les délinquants, le gouvernement réclame des explications au parquet et l'opposition se dit "choquée" et "indignée". Les deux camps se renvoient la responsabilité de la surpopulation carcérale.
Article rédigé par
Radio France
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Franceinfo (Franceinfo)

C'est un policier du commissariat de Dreux qui a alerté sa
hiérarchie jeudi dernier : le parquet a ordonné la libération de trois
délinquants "sans suites judiciaires au prétexte que la maison d'arrêt de
Chartres était pleine
". Une décision qui a provoqué la colère du syndicat
de policiers Synergie. Parmi les libérés, un jeune homme de 26 ans venait d'être
condamné à trois mois de prison ferme pour rébellion, violences sur un
policier, outrages et conduite en état d'ivresse.

L'aménagement de peine en question

Dans
son rapport, le numéro deux du commissariat de Dreux dénonce des "instructions
iniques et lourdes de conséquences
" susceptible de créer un "sentiment
d'impunité que peuvent avoir ces délinquants, chevronnés pour la plupart, lorsqu'ils
franchissent la porte du commissariat moins de deux heures après avoir été
interpellés
".

Le
policier souligne également les "conséquences sur le moral et la
motivation
" des policiers. Mais d'après le parquet de Chartres, les
délinquants ont été condamnés à des courtes peines. "On serait donc bien
dans le cadre des directives de la Chancellerie
". Une référence à la circulaire de septembre 2012 qui prévoit des aménagements de peine jusqu'à deux ans pour les non-récidivistes et jusqu'à un an pour les récidivisites.

Les directives de Christiane Taubira pour rompre avec le tout carcéral

Valls "très surpris", Estrosi "indigné"

Volonté d'échapper aux accusations de laxisme ? Le
gouvernement a en tout cas très vite réagi. D'après le Figaro, Manuel Valls a
personnellement appelé l'officier de police de Dreux pour lui assurer de son
soutien. Le ministre de l'Intérieur s'est aussi déclaré "très surpris de
cette décision et inquiet de ses conséquences
". De son côté, la ministre
de la Justice, Christiane Taubira, a demandé des clarifications au parquet.

Mais ces tirs de barrage n'ont pas empêché l'opposition de
dénoncer la responsabilité du gouvernement dans cette affaire. Le maire de
Nice, Christian Estrosi, s'est dit "indigné et révolté ". D'après Eric
Ciotti, la libération des trois délinquants est "choquante et
scandaleuse
". Pour le député UMP, "c'est la conséquence directe de la
politique que conduit le gouvernement. Une politique dangereuse et
irresponsable
" qui "met en péril le pacte républicain ".

Bataille sur les chiffres

La libération des trois jeunes hommes faute de places en
prison relance aussi la question de la surpopulation carcérale. Pour Bruno
Leroux, député de Seine-Saint-Denis et chef de fil des députés PS à l'Assemblée,
"cela montre bien l'état dans lequel nous avons trouvé les prisons "
mais qu'il "n'y a pas, depuis, le moindre laxisme ".

Réponse d'Eric
Ciotti :"Nous avons créé presque 8.000 places dans les cinq années du
gouvernement Fillon, il faut aller plus loin
", or "madame Taubira a
totalement remis en cause cet édifice
" en facilitant les peines
alternatives à la prison. Au mois de juillet, les prisons françaises comptaient
68.569 détenus pour 57.320 places, un record. 

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