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Procès du Carlton : pour Jade, la honte a changé de camp

Alors que le procès du Carlton à Lille touche à sa fin, France Info a pu rencontrer Jade, l'une des parties civiles. Elle "se fout" du réquisitoire mais espère que son témoignage servira à d'autres.
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Radio France
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 (Jade, partie civile, reste anonyme © Maxppp)

Le procès est maintenant presque terminé, la pression se relâche pour Jade, ancienne prostituée partie civile dans le procès du Carlton à Lille. Elle a accepté de parler à France Info. Comment a-t-elle vécu ces trois semaines d'audience ? "Avec difficulté " dit-elle, sans cesser de triturer ses mains. Elle fustige certains médias qui ont révélé sa véritable identité, elle s'inquiète des conséquences sur ses proches, sur ses enfants et dans son milieu professionnel "où les gens n'étaient pas du tout au courant de mon passé ".

 

Un passé dans lequel ces auditions l'ont faite replonger. Difficile de se refaire appeler "Jade", "de reprendre ma vie d'avant, alors que depuis j'ai construit une autre vie " et "de revoir ces gens qui font partie d'un passé que j'essaie d'oublier, très difficile pour moi ", dit-elle, des sanglots dans la voix. Mais elle insiste sur les raisons de sa présence à ce procès : "Je voudrais tellement que mon témoignage puisse permettre à d'autres jeunes filles qui utiliseraient cette voie-là en se disant que c'est de l'argent facile, que ce n'est pas vrai, on ne peut pas se laver, nettoyer tout ce qui a été sali ". Elle pense aussi aux femmes qui n'ont pas osé témoigner et qui "doivent vivre avec ce silence ".

Procès du Carlton : pour Jade, la honte a changé de camp - son témoignage avec Delphine Gotchaux
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Aujourd'hui "c'est eux qui baissent le regard"

Les réquisitions du parquet ? "Honnêtement je m'en fous complètement ", indique Jade. Mais elle constate quand même une chose : "Au début du procès toutes les quatre on avait la tête basse, aujourd'hui [mardi] pendant les réquisitions j'avais la tête haute, et quand je les regardais, c'est eux qui baissaient le regard ".

 

Le parquet a requis mardi la relaxe pour l'ancien patron du FMI, qu'en pense-t-elle ? "Moi je sais qu'il savait [qu'elle était payée] maintenant qu'il soit relaxé c'est pas très étonnant, dans le sens où aux Etats-Unis tout se paie, s'achète. En France il sera pas inquiété parce qu'ils se sont tous mis d'accord pour ne pas le mouiller lui, quitte à trinquer ". Mais "je m'en fiche de ce monsieur-là, je ne le connaissais pas quand je l'ai rencontré ", précise-t-elle, dénonçant quand même ses "grandes leçons de morale sur le libertinage ". "C'est son problème, moi devant le miroir et devant mes proches je serai droite avec moi ", ajoute-t-elle.  "C'est son problème mais cet homme-là ne me pourrira pas mon futur ", dit-elle.

"Juste retourner à l'oubli"

Et le futur c'est maintenant. Jade reprend le travail ce mercredi. Depuis quelques semaines elle a obtenu un CDI. "Je suis très fière à 41 ans d'avoir signé un contrat dans une vraie vie ", déclare-t-elle. Elle veut juste continuer "son petit bout de vie ", avec ses deux enfants, loin du battage médiatique. Elle réfléchit même à s'expatrier, "pour que tout le monde lui foute la paix ", à la fois les journalistes mais aussi les molosses de "Dodo la Saumure" dont elle craint les représailles s'il est condamné. Elle veut "juste retourner à l'oubli ", dit-elle. "Et qu'on ne vienne pas me faire chier avec mon passé, je l'assume ". 

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