Au procès des attentats de janvier 2015, l'accusé Willy Prévost se défend d'être un terroriste et décrit "l'emprise" d'Amedy Coulibaly

Interrogé devant la cour d'assises spéciale de Paris pendant de longues heures sur ses liens avec le terroriste, qu'il a connu "tout petit" à Grigny (Essonne), l'accusé de 34 ans a martelé, lundi, qu'il n'avait "rien à voir" dans ces "actes monstrueux".

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Willy Prévost debout dans le box des accusés, le 4 septembre 2020. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCEINFO)

"Laissez-moi m'exprimer, c'est mon jour, ça fait cinq ans et demi que j'attends." Grand, costaud, crâne rasé, Willy Prévost se courbe au-dessus du micro dans le box des accusés. Renvoyé pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, il est le premier à être interrogé sur le fond, lundi 5 octobre. Après avoir entendu les victimes et les enquêteurs, pendant un peu plus d'un mois, la cour d'assises spéciale de Paris va questionner avec précision, durant trois semaines, les onze accusés présents au procès des attentats de janvier 2015

"Vous n'avez pas eu la parole depuis longtemps. La dernière fois que vous vous êtes exprimé, c'était par rapport à votre personnalité", souligne le président de la cour d'assises. Régis de Jorna demande à Willy Prévost s'il veut faire une déclaration spontanée. "Quand vous me poserez des questions, je répondrai aux questions", répond, peu prolixe, l'accusé, âgé de 34 ans, délinquant de droit commun qui vivotait avec le RSA. Au fur et à mesure de l'interrogatoire, il se révèle pourtant de plus en plus bavard, en particulier lorsqu'il s'énerve.

"Essayez pas de me coller une étiquette de terroriste"

Il est l'un des premiers suspects à avoir été arrêté dans ce dossier tentaculaire. Willy Prévost reconnaît avoir acheté, pour le compte d'Amedy Coulibaly, trois gilets tactiques, deux couteaux, un taser et deux gazeuses lacrymogènes dans une armurerie, ainsi que le véhicule utilisé pour mener l'attaque contre l'Hyper Cacher. Il admet aussi avoir fait enlever le traceur GPS de la moto Suzuki utilisée pour l'attentat à Montrouge. Willy Prévost reconnaît donc l'association de malfaiteurs, mais nie le "lien" avec le terrorisme, tout au long de la journée. Pour lui, Amedy Coulibaly préparait un go-fast.

Je ne suis pas un terroriste, je n'ai rien à voir avec tout ça. Ce qui s'est passé à Montrouge, à l'Hyper Cacher, je ne savais pas et ça changera pas.

Willy Prévost, accusé

à l'audience

A fleur de peau, Willy Prévost sort de ses gonds. "Essayez pas de me mettre un bonnet qui n'est pas à ma taille. Essayez pas de me coller une étiquette de terroriste. Ces gens-là, je les déteste, c'est des fils de p… Essayez pas de me mettre cette étiquette que j'arrive pas à enlever, même en détention", s'emporte-t-il, sous le feu des questions des avocats des parties civiles. 

"Je me suis fait tabasser"

Si Willy Prévost est dans le box des accusés, c'est aussi pour ses liens avec Amedy Coulibaly. Les deux hommes se sont connus à Grigny (Essonne), dans le quartier défavorisé de la Grande Borne, où ils ont grandi. L'accusé se refuse à parler d'amitié. Il avait quatre ans de moins que le tueur de l'Hyper Cacher, il lui devait donc le "respect", selon la loi tacite du quartier. "On a fait des petits trafics de drogue ensemble, ça se passait bien, on avait une bonne relation. C'est en 2008-2009 que ça a commencé à se dégrader", raconte Willy Prévost. Ce dernier refuse d'aller chercher de la drogue. Amedy Coulibaly finit par le retrouver et le conduire dans une forêt. "Je me suis fait tabasser", relate-t-il, certificat à l'appui.

Il ne porte pas plainte. "Dans les quartiers, si on porte plainte, la famille déménage carrément. Ça s'en prend aux familles, je connais la routine", commente Willy Prévost. "Ça vous semble peut-être bizarre ma relation avec lui, mais c'était comme ça : 'Fais ce que je te dis, pose pas de questions' et voilà", décrit-il ensuite. "On me dit : 'Ferme ta gueule', donc je cherche pas à savoir", insiste Willy Prévost, qui parle de l'"emprise" de l'auteur des attentats de Montrouge et de l'Hyper Cacher. Pour payer, selon lui, "une dette de 30 000 euros", il subit des pressions régulières, y compris lorsqu'Amedy Coulibaly est en prison. Ce dernier est incarcéré de 2010 à 2014, pour son implication dans une tentative d'évasion du terroriste islamiste Smaïn Aït Ali Belkacem, auteur des attentats de 1995 dans le RER parisien.

Un motif de détention que Willy Prévost affirme n'avoir jamais connu. "C'était pas dans nos conversations de parler de terrorisme. Peut-être que son entourage proche l'a su, mais pas les jeunes du quartier", assure-t-il. 

Pour moi, Amedy, c'était un braqueur. C'étaient pas des histoires de terrorisme, c'était soit le braquage soit la drogue.

Willy Prévost, accusé

à l'audience

Tout juste savait-il qu'Amedy Coulibaly allait à la mosquée. "Pour moi, il était normal, il me parlait de tout. Il m'a jamais parlé de religion", affirme encore Willy Prévost.

"Pas musulman"

De religion, il est pourtant bel et bien question à l'audience, car certains membres de son entourage affirment dans le dossier qu'il est converti à l'islam. "Je vais pas dire que je suis musulman, j'ai jamais fait la prière. Mon frère est converti, mais je ne suis pas musulman. Les gens se font des films, c'est leur problème", débite à toute vitesse Willy Prévost, avec nervosité, alors qu'un assesseur l'interroge à ce sujet.

Les avocats des parties civiles glissent sur le même thème. L'une d'elles, Laurence Cechman, qui défend notamment la famille de François-Michel Saada, assassiné par Amedy Coulibaly à l'Hyper Cacher, demande à ce qu'une photo de Willy Prévost soit projetée dans la salle d'audience. Un visage aux traits juvéniles, avec des cheveux bruns et un collier de barbe apparaît sur le grand écran blanc. "C'est bien vous, au moment de votre interpellation ?" Willy Prévost confirme. "Excusez-moi, c'est interdit d'avoir une barbe ? Y a rien d'illicite…" Il s'agace. "Ça veut dire quoi ? Que tous les musulmans de France sont des terroristes ?"

"Je vous le confirme, tous les musulmans de France ne sont pas des terroristes", reprend Samia Maktouf, avocate de Lassana Bathily, employé à l'Hyper Cacher en janvier 2015 et de confession musulmane. Willy Prévost continue de s'énerver. "La partie civile ne pose aucune question sur les gilets, les couteaux, les gazeuses…" "Si monsieur, je vous ai posé des questions. Vous n'avez pas répondu ! Ça commence à bien faire de jouer les idiots", intervient Laurence Cechman. L'avocat de Willy Prévost se lève. "C'est une invective, ça n'est pas une question", s'indigne-t-il. "S'il vous plaît, on revient à un peu de sérénité. Maître, est-ce que vous avez une question pour revenir à un peu de sérénité ?" intervient le président, en suscitant quelques rires.

"Il est extrêmement retors"

"Je suis assez sceptique, car c'est le seul à ne pas voir ce que tout le monde voit. Il est dans une banlieue où tout le monde sait, tout le monde connaît la radicalisation d'Amedy Coulibaly. Donc celui qui est au plus proche de lui avant les faits, à savoir Willy Prévost, celui-là ne voit pas l'évidence que tout le monde a pu voir au préalable", détaille Laurence Cechman lors d'une suspension d'audience. L'avocate doute de "sa sincérité", car "il est extrêmement retors, il déplace la réponse à la question qu'on lui pose".

Willy Prévost a répondu "avec son cœur, avec ses mots, avec sa façon de s'exprimer", rétorque l'avocat de l'accusé. "Quand il dit que, dans certains quartiers, certaines personnes peuvent répondre plus facilement 'non' que d'autres, c'est la réalité", affirme Hugo Lévy. "Toute la question est de savoir s'il savait quelles étaient les intentions d'Amedy Coulibaly et il n'y a pas de preuves de cela. Il n'existe aucun élément intentionnel", assure encore le conseil de Willy Prévost. A l'audience, Hugo Lévy demande à son client de répéter ce qu'il a dit quand il a appris que des menaces avaient été proférées par Al-Qaïda contre la rédaction de Charlie Hebdo, après la réédition des caricatures de Mahomet à l'occasion du procès. 

- "Qu'est-ce que vous m'avez dit à ce moment-là ?

- "Qu'ils aillent se faire bombarder leurs mères ces fils de p..."

- "Euh non, pas ça…"

- "Ah oui. Qu'ils me laissent me faire juger."

Willy Prévost ajoute : "Moi, je fais confiance à la France, à la justice de mon pays." Pour les faits qui lui sont reprochés, il encourt vingt ans de réclusion.

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